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« La croissance de l’emploi est maximale pour une répartition de deux tiers pour les salaires et d’un tiers pour les profits »

En 1817, l’économiste anglais David Ricardo (1772-1823) avait considéré que la répartition des revenus entre profits et salaires était le principal problème de l’économie politique. En réalité, Ricardo fut très marqué par Adam Smith (1723-1790) qui, dès 1776, a fait le constat que les Hollandais avaient de meilleurs salaires que les Anglais, alors que les profits de leurs entreprises étaient plus faibles ! De nos jours, on dirait que les profits ne ruissellent pas sur l’économie et qu’une répartition des revenus favorable aux salariés peut stimuler la croissance économique.

Ainsi, ces deux économistes, les pères du libéralisme économique, avaient des questionnements sur le partage salaire-profit que leurs successeurs ont oublié ! En effet, ces derniers se sont égarés pendant trop longtemps dans l’idée que les profits s’annuleraient avec la concurrence, ou qu’ils seraient illégitimes, ou enfin qu’ils dépendraient des rapports de force entre les classes sociales.

Deux cent six ans après, nous sommes convaincus de la nécessité de relever le défi de Ricardo et de comprendre les « lois » de la répartition des revenus dans les économies capitalistes contemporaines. C’est la première conclusion que nous tirons de l’observation des performances des économies avancées depuis plusieurs décennies.

L’économie américaine l’illustre de manière exemplaire. De 1875 à 2000, pendant une exceptionnelle période de prospérité, en tendance, la part du profit dans le revenu sur le long terme connaît une moyenne proche d’un tiers. Par exemple, elle est de 34,3 % de 1961 à 2000, associée à une croissance forte et régulière, en moyenne annuelle de 3,5 %. Depuis le tournant des années 2000, la part du profit n’a cessé de croître pour atteindre 39 % ces dernières années, tandis que la croissance économique était divisée par deux après la « grande récession » de 2008.

Nulle trace d’un effet de « ruissellement »

Le Japon a vu ses performances macroéconomiques se dégrader de manière continue depuis le krach boursier de 1991, avec une quasi-stagnation depuis 2008 ; là aussi, la part du profit bat tous les records et atteint jusqu’à 40 %. L’Italie, avec une part du profit d’au moins 39 % depuis les années 1990, sombre dans la dépression économique après 2008.

A l’évidence, dans les économies avancées du début du XXIe siècle, l’accroissement important de la part du profit est associé à un sévère ralentissement économique, voire à la stagnation, mais aussi au fléchissement des investissements. En définitive, on ne trouve nulle part trace d’un supposé effet de « ruissellement » sur les économies !

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