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Leonid Schneider, un canardeur chez les chercheurs

Retrouvez tous les épisodes de la série « Chasseurs de fraude » ici.

Leonid Schneider, 45 ans, a été à bonne école pour se spécialiser dans la dénonciation d’articles de recherche aux résultats trafiqués, voire inventés, et devenir l’un des chasseurs de fraude les plus connus de la planète science.

« Durant mon master et ma thèse de biologie moléculaire, j’ai appris à fabriquer des données expérimentales », dit-il sans détour, enclenchant un flot de paroles qui décrit les horreurs rencontrées dans son laboratoire à Düsseldorf, dans les années 2000. « Je devais modifier les réglages du microscope pour changer les résultats, car mon responsable estimait que ce n’était pas ceux qui étaient attendus. Il a même menacé de suspendre ma bourse, de 300 euros mensuels, si je ne le faisais pas. J’ai refusé et ma bourse n’a pas été suspendue. Mais d’autres ont inventé des données. »

Après avoir quitté cette équipe, l’Ukrainien, arrivé en Allemagne à l’âge de 15 ans, a cependant continué sa « formation ». « Mon nouveau responsable était un tyran psychopathe qui nous traitait comme des esclaves. A mon départ, ils ont retiré mon nom du projet et failli empêcher ma soutenance. »

Cet apprenti chercheur, qui avait choisi la biologie par amour des animaux, part alors se « perfectionner » en Italie. « J’y ai trouvé des fraudeurs massifs et compris que les grands journaux étaient souvent bâtis sur de la m… », tranche-t-il du ton direct qui est l’une des marques de fabrique de son blog, « For Better Science », lancé en 2015 pour témoigner que son expérience, certes malchanceuse, n’est pas si rare. « Ces années m’ont rendu incompatible avec le monde académique », constate-t-il avec le sourire permanent qui anime son visage.

Il n’en avait cependant pas fini avec les fâcheries. Avant de lancer ce blog, désormais son activité principale – avec celle de père au foyer –, l’ex-chercheur s’est reconverti dans le journalisme, travaillant notamment pour la revue spécialisée dans le monde de la recherche Lab Times (disparue depuis). « Nous nous sommes séparés, car nous n’avions pas les mêmes vues sur la protection animale, et parce que j’enquêtais sur des “amis” de la rédaction, résume-t-il. Je n’aime pas l’injustice ni l’autorité. »

Débordé et « paresseux »

Le personnage détonne dans le petit monde des détectives traquant les inconduites scientifiques. Il adopte sur son blog un ton sarcastique, qui nuit parfois à la crédibilité de ses révélations ou récits. « Nous avons le même objectif, mais pas les mêmes manières », constate Elisabeth Bik, autre chasseuse très renommée, qui a eu quelques désaccords avec lui. Dorothy Bishop, qui, comme sa collègue, adopte un ton très policé dans ses interventions, le trouve trop « extrême, et noir et blanc ». Il est en froid avec Ivan Oransky, du média spécialisé Retraction Watch, et avec l’un des fondateurs du site PubPeer, forum de critiques d’articles scientifiques, dans lequel il puise abondamment ses exemples. Twitter (aujourd’hui X) l’a banni… Tel un « casque bleu » en terrain miné, le Néo-Zélandais Smut Clyde, dont les billets sont hébergés et mis en scène par Leonid Schneider, reconnaît que son collègue a un « ton très personnel ».

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