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Allemagne : le rôle de l’Etat au cœur de la querelle sur le nouveau modèle économique

Qu’on partage ou non l’idée actuellement très discutée que l’Allemagne est le nouvel « homme malade de l’Europe », selon l’expression popularisée par The Economist en 1999 et reprise mi-août par le magazine britannique, il faut en convenir : le « made in Germany » est arrivé à la fin d’un cycle.

Les coupables de ce déclin relatif ne sont ni la pandémie de Covid-19 ni la guerre en Ukraine, qui n’en ont été que les révélateurs : l’économie allemande donnait dès 2018 des signes de perte de compétitivité, parfaitement identifiés par les économistes à l’époque. Outre le vieillissement des infrastructures et la perte d’efficacité de l’administration faute d’investissements suffisants, la composition de l’industrie elle-même commençait à grisonner. Le gaz fossile russe bon marché a perpétué une structure marquée par les spécialités anciennes, très consommatrices d’énergie, comme la chimie, la sidérurgie, le verre ou la céramique.

Aveuglés par le succès à l’exportation de leurs machines et de leurs berlines thermiques, les Allemands sont largement passés à côté des ruptures fondamentales des années 2010 : l’Internet mobile, la numérisation de l’économie, l’électrification des équipements et le ralentissement de la mondialisation. Le véhicule le plus vendu du monde aujourd’hui n’est pas la Golf de Volkswagen, c’est le Model Y de Tesla : avant tout un ordinateur sur roues, propulsé par batteries, prolongation du smartphone. Le cœur du véhicule n’est pas le moteur, mais le programme, qui analyse et compile en permanence les données de route, de batterie et les préférences individuelles du conducteur.

Lire aussi l’entretien avec l’économiste allemande Ulrike Malmendier : Article réservé à nos abonnés « L’économie allemande est tout à fait en mesure de faire les adaptations nécessaires »

La Chine et les Etats-Unis veulent désormais remplacer leurs importations par des biens produits chez eux. Les données individuelles, longtemps dédaignées par l’Allemagne, sont le nouveau carburant de l’industrie grâce à l’intelligence artificielle. L’économie dirigée chinoise s’est totalement approprié certaines des spécialités où les entreprises germaniques étaient jadis en pointe mondiale, comme les panneaux solaires et les éoliennes. Outre-Rhin, l’énergie chère et le vieillissement de la population sont devenus de sérieux handicaps.

Atouts culturels

Faut-il alors enterrer le « made in Germany » ? Ce serait oublier que l’économie allemande s’est relevée de plusieurs crises dans le passé, grâce à des forces traditionnelles. L’une d’elles est la stabilité de la classe moyenne, qui n’a pour l’instant pas perdu sa capacité à dégager des compromis. Cela s’explique notamment grâce à son étonnant réseau de Vereine (« associations »), qui maillent la société à tous les niveaux. Cette pratique du dialogue social garantit toujours une grande capacité d’adaptation à la société civile et aux entreprises. Celle-ci s’est notamment manifestée au moment des grandes vagues d’arrivées de réfugiés en 2015 et 2022, même si la montée de l’extrême droite est une menace à prendre très au sérieux.

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