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Nouvelles technologies : « Le danger est de ne plus pouvoir différencier innovation et progrès »

Mettre la société devant le fait accompli d’innovations de rupture est caractéristique du mode opératoire des leaders de la technologie. L’intelligence artificielle générative n’est pas la seule technologie à être un sujet de controverse. Une autre innovation qui va révolutionner notre vie est l’informatique « ubiquitaire », c’est-à-dire l’analyse en temps réel de nos comportements à partir de capteurs implantés dans notre environnement, et la proposition (ou l’orientation) de nos activités par des algorithmes à partir de cette analyse.

Les immeubles dits « smart » fourniront le champ d’application de cette technologie. L’Environment Protection Agency estime que les Américains passent, en moyenne, 90 % de leur vie dans des bâtiments. L’arrivée massive de technologies embarquées dans l’espace bâti concerne donc la quasi-totalité de nos vies, ce qui, raisonnablement, justifierait que l’on se pose des questions d’ordre éthique avant que des armées de capteurs n’envahissent les immeubles.

Dans un article du 3 avril, la MIT Technology Reviewrapporte qu’un groupe de chercheurs de l’Institute for Software Research de l’université Carnegie Mellon, à Pittsburgh (Pennsylvanie), pensaient pouvoir s’affranchir de ces questions en équipant leur campus de capteurs ultraperformants. C’était sans compter la réaction indignée d’un grand nombre de leurs collègues, qui ont vu dans ces capteurs apparus soudainement sur les murs de tous les espaces publics et privés du campus une atteinte intolérable à leur vie privée. Cela a déclenché une bataille rangée entre experts en informatique à Carnegie Mellon.

Sans le recul nécessaire, le danger est de ne plus pouvoir différencier innovation et progrès. Considérer que chaque avancée technologique est nécessairement un progrès pour l’humanité revient à escamoter tout débat sérieux sur les impacts sociétaux des innovations technologiques. Ces derniers sont à peine abordés auprès du grand public, pourtant futurs consommateurs en masse d’innovations portées par des entreprises de technologie répondant à une logique de recherche d’avantage compétitif.

Supposé pragmatisme

Pour ces entreprises, il s’agit avant tout d’être les premières à lancer sur le marché des produits et services innovants afin de maximiser leurs profits. La course vers l’innovation s’accompagne d’une perte de contrôle inévitable des êtres humains dépassés par l’extrême complexité de dispositifs fonctionnant comme des boîtes noires, potentiellement nocifs pour eux. Il y a donc un besoin évident d’une temporisation qui donnerait à la société un espace en amont pour penser et établir un consensus par la loi.

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