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Les harkis demandent « réparation » à la SNCF et à la Sonacotra pour « conditions indignes de l’accueil »

La secrétaire d’Etat chargée des anciens combattants et de la mémoire, Patricia Mirallès, visite le camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), le 30 septembre 2022.

C’est une requête qu’il n’aurait jamais imaginé rédiger. Mercredi 20 septembre, Mohamed Djafour, président de l’association Générations harkis – ces combattants engagés dans l’armée française, délaissés par l’Etat, avec leurs familles, au lendemain de la fin de la guerre d’Algérie (1954-1962) –, a envoyé deux recommandés : l’un adressé à Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF, et l’autre à Eric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts.

Dans ces missives que Le Monde a pu consulter, ce fils de harkis suggère à ces deux grands patrons de « mettre en place un fonds national d’indemnisation des victimes [de cette tragédie] (…) afin de prévenir un contentieux de masse ». Pour quelle raison ? Comment est-il arrivé à formuler cette étonnante proposition ? Et pourquoi viser seulement ces deux institutions publiques ? Pour comprendre le cheminement, il faut revenir en arrière.

Tout commence le 15 mai : ce jour-là, la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis (CNIH) rend son rapport d’activité à la première ministre, Elisabeth Borne. Ce long document dresse le bilan d’une première année d’action depuis la promulgation de la loi du 23 février 2022, traduction en droit du discours tenu à l’Elysée par Emmanuel Macron, le 20 septembre 2021, dans lequel il avait demandé « pardon » aux harkis et admis « un abandon de la République française ».

Un recensement avec des historiens

Cette loi, qui reconnaît « les conditions indignes de l’accueil » réservé aux 90 000 harkis et à leurs familles ayant fui l’Algérie, prévoit d’indemniser uniquement ceux qui sont passés de 1962 à 1975 par 89 structures identifiées (camps ou hameaux de forestage) et gérées par l’administration. La commission, elle, valide, ou non, les dossiers. A ce jour, elle en a approuvé 9 200 sur les 10 000 examinés (31 200 demandes déposées), la moyenne des indemnisations s’élevant à 8 000 euros. Cette réparation est jugée, par ailleurs, « ridicule » par les représentants des harkis : 2 000 euros pour trois mois vécus dans un camp, 3 000 pour une année, puis 1 000 euros pour chaque année supplémentaire.

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Dans son rapport d’activité, un passage de plusieurs dizaines de pages a révélé un aspect insoupçonné dans le drame réservé à ces soldats dès leur arrivée en France. « Nous sommes tombés des nues », confie Mohamed Djafour. Dans le chapitre IV, la CNIH propose au gouvernement – qui a accepté – d’élargir la liste des sites pouvant donner droit à réparation en y intégrant 45 nouveaux lieux. Cette solution est une manière de contenter des harkis et leurs descendants qui se sont sentis exclus du dispositif d’indemnisation et régler ainsi la « principale source d’insatisfaction », comme le reconnaît la commission. « Que ce soit pour les réparations ou pour la détermination des sites, nous avons un regard bienveillant mais qui se veut quand même rigoureux pour être crédible, pas attaquable », a assuré Jean-Marie Bockel, président de la CNIH lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 21 juin. Jusqu’à 14 000 personnes supplémentaires pourraient être concernées par cet élargissement. « Ce n’est pas marginal », a ajouté M. Bockel.

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