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Bernadette Chirac dans « Le Monde », la patiente éclosion d’une femme d’influence

Un prénom et une choucroute blonde. L’affiche du film Bernadette, en salle depuis le 4 octobre, se passe de tout patronyme : un coup d’œil suffit à comprendre ­l’objet du long-métrage de la réalisatrice Léa Domenach. Signe que Bernardette Chirac a intégré le patrimoine national à l’égal de son mari – un certain Jacques Chirac, président de la République pendant douze ans, de 1995 à 2007. Une émancipation qui n’avait au départ rien d’évident, en tout cas si l’on se réfère aux premières lignes consacrées dans Le Monde à la désormais nonagénaire.

Si son époux a occupé la fonction de premier ministre entre 1974 et 1976, puis a été élu maire de Paris, un an plus tard, le nom de Bernardette Chirac n’apparaît dans les pages du quotidien que le 2 mars 1979. Elle est alors, à 46 ans, ­candidate aux élections cantonales en Corrèze. Une sortie du rang traitée comme celle d’un pion dans une stratégie plus large visant à assurer la reconduction de Jacques Chirac en tant que président du conseil général. Ce dernier, écrit Thierry Pfister, « personnalise le scrutin, par exemple en présentant son épouse, Mme Bernadette Chirac, dans le canton de Corrèze, dont le conseiller sortant (…) est décédé, et Mme Annie Lhéritier, l’une de ses ­collaboratrices dans le canton d’Eygurande ». En ce temps-là, les femmes n’occupent ­souvent que les strapontins.

Six mois plus tard, Bernadette Chirac triomphe. Non pas en raison de son élection comme conseillère générale, mais parce qu’elle a obtenu la tête de Marie-France Garaud, l’éminence grise de son mari, omnipotente, autoritaire et conservatrice. La débâcle (16,31 %) du RPR aux européennes, en juin, a sonné la fin de l’influence du duo que cette dernière formait avec son acolyte Pierre Juillet. « Son tort a été de ne pas se méfier assez de moi, exulte l’épouse dans un entretien au magazine Elle, largement repris par Le Monde, le 14 septembre 1979. On ne se méfie jamais assez des bonnes femmes. Ni surtout des femmes effacées. »

Ce fait d’armes n’installe pas pour autant Bernadette Chirac sur le devant de la scène. Pendant une quinzaine d’années, son nom se retrouve accroché à de simples détours de phrases, pour signaler son activisme parmi les petites mains du RPR, sa sollicitude à l’égard d’un baron de la droite en perte de vitesse, sa présidence d’une soirée de gala à l’Opéra Garnier ou son rôle d’ambassadrice lors d’événements internationaux. Autant de points qui, une fois reliés, dessinent une présence, parfois une influence. Rien d’éclatant, néanmoins. « Les épouses, on ne les sort que dans les périodes de pointe », grince-t-elle, en 1987, dans Danielle, Bernadette, Françoise et les autres (éditions Belfond), de Marie-Thérèse Guichard, un livre consacré aux « femmes de ».

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