Close

L’immense diaspora indienne, un instrument au service du nationalisme de Narendra Modi

La crise diplomatique entre New Delhi et Ottawa, consécutive à l’assassinat d’un leader séparatiste sikh en Colombie-Britannique (Canada) en juin, braque les projecteurs sur la diaspora indienne, la plus importante au monde – 18 millions d’émigrés selon l’ONU, 30 millions selon l’Inde –, essentiellement installés aux Emirats arabes unis, dans les pays du Golfe, aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Elle a doublé en vingt ans, constituant une force économique déterminante. Les transferts de fonds internationaux qu’elle génère s’élevaient, en 2022, à 111 milliards de dollars (104 milliards d’euros). L’Inde est devenue le premier bénéficiaire au monde des transferts de fonds migratoires.

Pour le premier ministre indien, Narendra Modi, qui s’efforce de courtiser ces « Indiens d’outre-mer », l’affaire est du plus mauvais effet et survient au plus mauvais moment, à quelques mois des élections. Son homologue, Justin Trudeau, accuse l’Inde d’avoir fait éliminer, le 18 juin, à Surrey, Hardeep Singh Nijjar, un citoyen canadien d’origine indienne, émigré en 1996, qui militait pour la création d’un Etat indépendant au Pendjab, le Khalistan. En 2020, le gouvernement indien avait ajouté son nom à sa liste des « terroristes actifs ».

Depuis son arrivée au pouvoir, en 2014, le nationaliste hindou s’est efforcé d’établir un lien étroit avec les Indiens émigrés qu’il surnomme « les ambassadeurs de marque », et sur lesquels il compte pour renforcer les intérêts de l’Inde à l’étranger.

Dès sa première visite aux Etats-Unis, en septembre 2014, devant 20 000 personnes réunies au Madison Square Garden, à New York, M. Modi avait vanté sa politique « du développement » et sa « bonne gouvernance ». Depuis, chaque visite à l’étranger s’accompagne d’un meeting spectaculaire avec la diaspora.

Pour le quotidien indien, Economic Times, Narendra Modi a redonné de la fierté aux Indiens expatriés, leur offrant une reconnaissance et leur attribuant un rôle de « contributeurs de progrès ». « Auparavant, assure le quotidien économique, ils n’avaient guère de raisons d’être fiers de leur pays d’origine. Au contraire, ils étaient victimes de stéréotypes racistes en raison de leur origine. Lorsqu’ils se sont ralliés à Modi, ils se sont ralliés à une Inde en plein essor, leur pays d’origine, qui était perçu positivement dans leur pays d’accueil. L’association avec Modi a renforcé leur estime de soi et leur confiance. Le fait d’être d’origine indienne n’était plus un fait à cacher mais à afficher. »

Il vous reste 57.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top