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Anne L’Huillier et Pierre Agostini, Prix Nobel de physique et maîtres du temps infinitésimal

Anne L’Huillier, à l’université de Lund (Suède), le 3 octobre 2023.
Pierre Agostini, chez lui à Paris, le 5 octobre 2023.

« Cela restera un grand moment, un souvenir fort », apprécie Anne L’Huillier, colauréate du Nobel de physique 2023, couverte de fleurs reçues de ses étudiants, de ses voisins de Lund, près de Malmö (Suède), ou du président de l’université où elle est professeure. « Il a pris le train pour rejoindre le campus et me les offrir ! » Le lendemain de l’annonce du prix, le 4 octobre, elle a consenti à sacrifier une heure de son cours de physique atomique pour étudiants en troisième année d’ingénierie pour parler Nobel. « L’amphi était plus plein que d’habitude », note-t-elle avec malice.

Son corécipiendaire, Pierre Agostini, retraité du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et professeur émérite de l’université d’Etat de l’Ohio, a eu moins de fleurs mais a aussi été très surpris. Sa fille l’a prévenu en fin de matinée, le 3 octobre, après avoir pris connaissance de la nouvelle sur Internet. Le jury Nobel ne le contactera de vive voix que l’après-midi.

Avec l’Austro-Hongrois Ferenc Krausz, ces trois nobélisés ont été surnommés par certains médias « les paparazzi de l’infiniment petit ». Pas mal trouvé. « Paparazzi » car, en effet, ils ont mis au point des appareils capables de saisir des moments fugaces et intimes. « Infiniment petit », car l’alcôve dont il révèle les secrets est vraiment microscopique. Les vedettes en sont des particules parmi les plus modestes qui soient, les électrons, qui autour des noyaux forment les atomes, permettent les liaisons de ces atomes en molécules, ou transportent le courant dans des matériaux conducteurs.

Chaque photographe sait que pour saisir des scènes mouvantes il faut un temps de pose court, au risque d’avoir une photo floue. Pour capturer la danse des électrons, ce temps est vraiment très court. De l’ordre de l’attoseconde, soit un milliardième de milliardième de seconde. Un temps si bref qu’il y a environ autant d’attosecondes dans une seconde que de secondes écoulées depuis la naissance de l’Univers.

Les recruteurs du CEA

Comment les deux lauréats français sont-ils devenus photographes à l’attoseconde près ? Il semble qu’il faille d’abord être bon en… maths. « Je n’aimais pas la chimie, alors j’ai pris l’option maths-physique en classes préparatoires », se souvient Anne L’Huillier, 65 ans, qui entre à l’ENS Fontenay en 1977, où elle réussira l’agrégation de maths. « Elle nous impressionnait avec cette spécialité », retient Pierre Agostini, 82 ans, qui était dans le même groupe qu’elle au CEA dans les années 1980-1990. Lui, né à Tunis, et parti à 15 ans dans la Sarthe au lycée militaire de La Flèche pour son baccalauréat, préférait aussi cette matière. « Mais, à l’université, on m’a conseillé la physique et l’optique », précise-t-il à propos de ses années étudiantes à Marseille, où sa famille s’était installée. « Je me suis ensuite orientée vers la physique car j’ai adoré les cours des futurs Nobel Claude Cohen-Tannoudji [1997] et Serge Haroche [2012] en physique atomique », indique pour sa part Anne L’Huillier.

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