Close

Les Palestiniens d’Israël, une minorité mise sous pression depuis l’attaque du 7 octobre

A Haïfa, la grande ville dite « mixte », juive et arabe, du nord d’Israël, le garagiste Easa Fayed est ce que l’on appelle une grande gueule. Ses commentaires politiques acérés sont lus et écoutés par plus de 250 000 abonnés sur plusieurs réseaux sociaux. Le 13 octobre, ce barbu, qui a tôt quitté l’école et qui a beaucoup lu – il cite le fondateur de l’État hébreu David Ben Gourion à tout bout de champ –, a été arrêté à son domicile par plusieurs dizaines de policiers masqués. Il a passé quatre jours en prison, avant d’être libéré sans charges. Il lui est interdit de s’exprimer en ligne durant un mois.

Easa Fayed, dans son garage automobile d’Haïfa (Israël), le 23 octobre 2023.

« Nous continuerons à soutenir notre peuple malgré leur politique », avait affirmé la veille M. Fayed, en solidarité avec les Gazaouis, qui subissent les bombardements de l’armée israélienne depuis l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre. La police y a vu une incitation au désordre. Elle surveille de très près la minorité des Palestiniens citoyens d’Israël, qui forment environ 20 % de la population de l’Etat hébreu.

Depuis l’attaque du Hamas, deux manifestations ont été rudement dispersées à Haïfa et dans la ville arabe d’Umm Al-Fahm. Le commissaire général du pays, Kobi Shabtaï, a enjoint chacun à choisir son camp : « Quiconque veut être citoyen d’Israël, Ahlan wa sahlan [bienvenue]. Quiconque souhaite s’identifier à Gaza le peut aussi – je le mettrai immédiatement dans les bus qui s’y rendent actuellement. » Le ministre de la sécurité nationale, le suprémaciste juif Itamar Ben Gvir, a distribué pour sa part des fusils à des civils, devant des caméras.

Des appels à mettre le feu

Depuis le début de la guerre, quelque 41 000 demandes de permis de port d’arme ont été déposées par des Israéliens, selon des données présentées à la Knesset la semaine passée. Les Palestiniens du pays craignent que l’une de ces armes finisse par se tourner contre l’un d’entre eux, assimilés de longue date par la droite à une « cinquième colonne ».

Un post publié le 15 octobre 2023 sur un groupe Telegram intitulé « Chasseurs de nazis 2023 » appelle à cibler Easa Fayed (à droite sur la photo), en mentionnant son arrestation et son adresse que nous avons floutée par sécurité.

Une fois libéré, Easa Fayed a découvert que le terminal de carte bleue de son garage avait été suspendu par sa banque, qui menace de fermer son compte personnel. Les services d’hygiène d’Haïfa lui ont infligé deux amendes pour avoir fumé dans son bureau. Il a perdu tous ses clients, qui jusqu’alors s’accommodaient de sa sympathie pour Balad, un micro-parti arabe rejetant la dualité de l’Etat israélien « juif et démocratique ». De jeunes gens sont venus traîner de nuit sous les caméras de sécurité de son garage. L’un a tagué le mot « Hamas » sur un mur. Un autre a tiré une bouteille de son short de jogging – de l’essence, croit M. Fayed. Il a fui aux premiers aboiements des gardiens du garage, un berger allemand et un rottweiler aux yeux roses.

Il vous reste 75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top