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« Les aides financières à l’emploi doivent être conditionnées à des objectifs de qualité des emplois et de transition écologique »

Comme l’ont montré les exemples récents du RSA, de l’assurance-chômage ou de la réforme des retraites, les politiques de l’emploi françaises restent marquées par le paradigme de l’activation et de l’incitation financière à l’emploi, développé dans les années 1990 par l’OCDE. Ce paradigme s’appuie sur des modèles théoriques expliquant le chômage par un ensemble de rigidités entravant le fonctionnement du marché du travail, au premier rang desquelles figurent les comportements des travailleurs rendus trop exigeants par les protections dont ils disposent. Pourtant, le contexte du marché du travail a profondément changé : l’enchaînement des crises non anticipées crée une forte incertitude pour les travailleurs comme pour les entreprises, imposant des adaptations parfois très rapides comme dans le cas de la crise sanitaire ; le changement technologique accroît les besoins de compétences (spécifiques comme transversales) des travailleurs, tout en rendant leurs trajectoires professionnelles plus incertaines et plus inégalitaires, et sans montrer pour le moment de reprise des gains de productivité ; la transition écologique augmente les besoins de main-d’œuvre dans des secteurs prioritaires (comme la construction, les transports, l’agriculture), pourtant déjà déficitaires, rendant nécessaire une réflexion sur l’adaptation des formations et sur les transitions professionnelles vers ces secteurs ; enfin, la perception des inégalités au travail et de l’attractivité des emplois s’est élargie au-delà des enjeux de salaires, prenant en compte les conditions de travail, les horaires, les perspectives de carrière, le sens du travail et son utilité sociale.

Pour réussir les politiques de l’emploi à l’horizon 2030, c’est-à-dire faire baisser le chômage tout en soutenant la transition écologique et en améliorant la cohésion sociale, il faut aujourd’hui changer de paradigme et mettre l’accent sur la sécurité et la qualité de l’emploi et des trajectoires professionnelles.

Position défavorable

En effet, si le chômage est globalement en baisse par rapport aux périodes précédentes, la qualité de l’emploi et du travail ne s’améliore pas en France, selon les enquêtes européennes sur les conditions de travail de la Fondation de Dublin. La dernière enquête, datée de 2021, confirme une position défavorable de notre pays en matière de conditions de travail (risques physiques, environnement de travail), de santé et de sécurité au travail, et, enfin, d’accès à la formation et de carrières. De plus, les inégalités de qualité de l’emploi sont flagrantes, avec un cumul de conditions défavorables (bas salaires, pénibilités physiques, contraintes horaires) dans les métiers du soin, du commerce ou de la sécurité, pourtant perçus comme « essentiels » depuis la crise sanitaire.

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