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Election à Madagascar : la présidente de l’Assemblée nationale fait appel à la SADC pour sortir de la crise

Des partisans du président malgache, Andry Rajoelina, lors d’un meeting à Toamasina, le 11 novembre 2023.

Aucune piste n’aura été écartée pour tenter de sortir de la crise politique dans laquelle Madagascar sombre à trois jours du scrutin présidentiel, jeudi 16 novembre. Lundi matin, la présidente de l’Assemblée nationale, Christine Razanamahasoa, a officiellement demandé à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) de lui venir en aide et d’« agir en conséquence » pour permettre « un report de l’élection » et convaincre le président sortant, Andry Rajoelina, candidat à un nouveau mandat, « de s’asseoir à la table des négociations pour discuter des règles permettant de garantir une élection juste et acceptée par tous ».

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Avec le Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM), l’Assemblée nationale a pris l’initiative, début novembre, de créer une plateforme de dialogue et de médiation dont l’objectif est d’« apporter des solutions pour prévenir la crise fratricide qui pourrait advenir si le gouvernement impose la tenue de l’élection jeudi », a-t-elle expliqué aux émissaires dépêchés par la SADC pour une mission d’observation électorale dirigée par l’ancien vice-président zambien Godfrey Miyanda.

Le scrutin présidentiel, contesté par la quasi-totalité de l’opposition, s’annonce extrêmement tendu. Un collectif rassemblant dix des treize candidats dénonce la candidature d’Andry Rajoelina depuis que plusieurs médias, dont Le Monde, ont révélé qu’il avait acquis volontairement la nationalité française – ce qui, selon le droit national, le déchoit de sa nationalité malgache. L’instrumentalisation, par le président sortant de la Commission électorale et de la Haute cour constitutionnelle en vue de sa réélection sont également au coeur de l’affrontement.

Sans jamais nommer M. Rajoelina, Christine Razanamahasoa avait au préalable rappelé que le « candidat numéro 3 », selon l’ordre d’arrivée de son nom sur le bulletin de vote unique, s’est enfermé « dans un refus catégorique de tout dialogue » alors que dix de ses douze adversaires ont refusé d’entrer en campagne pour dénoncer la manipulation du scrutin et les violations de la Constitution.

Menaces d’attaques sur les bureaux de vote

Comme lors du premier rendez-vous avec la délégation de l’organisation régionale organisé la veille, c’est avec le professeur de droit public Raymond Ranjeva que la présidente de la chambre basse a exprimé son point de vue devant les émissaires de la SADC. Outre sa démonstration juridique sur les entorses à la Constitution commises selon lui par la Haute Cour constitutionnelle (HCC), l’ancien vice-président au sein de la Cour internationale de justice a mis en avant « de nouveaux faits graves » qui devraient retenir l’attention de la SADC dans son évaluation de la situation.

« Il nous a été rapporté qu’un officier général avait été mis à pied pour avoir exprimé des réserves sur la légalité des instructions données aux forces de l’ordre sur le terrain. En province, l’hélicoptère qui transportait l’équipe de campagne du numéro 3 a été caillassé. C’est la première fois que nous observons un acte de violence directe », a déploré M. Ranjeva. Il a également rapporté « les menaces [d’attaques] sur les bureaux de vote à travers tout le territoire, signalés par la gendarmerie ». Enfin, il s’est étonné que « le transport des bulletins de vote soit assuré par des entreprises privées sans la supervision des forces de l’ordre ». « Les sujets d’examen sont mieux protégés », a ironisé le professeur.

Face à cette situation à laquelle il n’était pas préparé, Godfrey Miyanda a demandé du temps. « Les raisons pour lesquelles nous sommes là sont très sérieuses et compte tenu de l’ampleur du différend, il nous faut être prudents dans notre réponse », a expliqué l’ancien vice-président zambien, garantissant toutefois qu’il ne demandait pas « une semaine ». Le coordinateur de la mission d’observation, Kula Ishmael Theletsane, s’est montré moins ouvert : « Le report des élections n’est pas en notre pouvoir. C’est une décision qui revient au gouvernement de Madagascar. »

En réalité, les discussions ne font que commencer. La SADC est un acteur décisif dans cette initiative devant conduire à sortir la crise malgache de son huis clos. Mais elle n’est pas le seul. Lundi en fin d’après-midi, Christine Razanamahasoa avait rendez-vous avec les représentants des chancelleries étrangères à Madagascar.

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Quelques heures plus tard, les Malgaches devaient assister au seul débat de la campagne électorale. Seuls trois candidats étaient attendus sur le plateau télévisé : Andry Rajoelina, l’ancien judoka Siteny Randrianasoloniaiko et Sendrison Daniela Raderanirina, totalement invisible depuis le début de la campagne. Les dix autres ont confirmé leur appel au boycott de l’élection.

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