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Sophie Joissains, maire d’Aix-en-Provence : « Donnons aux maires le pouvoir d’agir »

Violences urbaines, réforme des retraites, lutte contre le Covid-19… Face aux urgences, l’Etat a pris l’habitude d’appeler les communes au secours. Au lendemain des émeutes [à la suite de la mort de Nahel M., 17 ans, tué le 27 juin par un policier lors d’un contrôle à Nanterre], je me suis rendue à l’Elysée à l’invitation du président de la République. Personnellement, j’ai éprouvé à la sortie de cette réunion un sentiment de désarroi, partagé par beaucoup de maires et d’élus présents. Et il a fallu attendre octobre pour voir le comité interministériel des villes, reporté depuis un an, se réunir.

Si le maire est l’élu préféré des Français, c’est qu’il en est le plus proche. Lui seul peut avoir une compréhension fine du quotidien de nos concitoyens et être capable de rétablir le dialogue entre la France d’en haut et la France d’en bas, dont la rupture apparaît consommée. L’Etat ne devrait donc pas attendre les crises pour nous écouter. Il devrait cesser de réduire nos marges de manœuvre, en supprimant progressivement nos compétences et la fiscalité locale. Le moment est venu de nous redonner les moyens d’agir avant que les maires aient tous démissionné.

« L’Etat fait de grandes annonces, du style : on va créer dix mille places de crèche, accueillir des migrants, déployer plus de policiers sur le terrain… Et après, légitimement, tout le monde vient nous voir pour demander des comptes », déclarait Jean-Christophe Fromantin, le maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), dans un entretien à l’hebdomadaire Le Point publié le 20 mai.

L’Etat ne doit pas tout. Or, aujourd’hui, la décentralisation est en panne. « Notre pays reste encore marqué par une forte tradition centralisatrice », écrivent les magistrats de la Cour des comptes dans leur rapport annuel, estimant que si « les deux premières phases de la décentralisation, de 1982 à 1986 (acte I), puis en 2003 et 2004 (acte II), se sont effectivement traduites par d’importants transferts de compétences et la consécration dans la Constitution des grands principes de la décentralisation (…) les réformes menées depuis 2010 n’ont pas permis de remédier aux défauts alors constatés ».

Confusion totale

Pourquoi cet échec ? Depuis quinze ans, les lois contradictoires s’empilent, les périmètres des régions ou métropoles s’élargissent sans réalité anthropologique et dans une confusion totale du « qui fait quoi ?  » dans les métropoles de Paris, Lyon et Aix-Marseille-Provence. L’Etat reprend progressivement la main sur les finances locales en asséchant les ressources propres de nos communes (taxe professionnelle, taxe d’habitation, contribution sur la valeur ajoutée des entreprises), imposant insidieusement sa tutelle.

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