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Elections européennes : quatre ans après, l’avertissement du Brexit à l’Europe

Il y a des anniversaires que l’on préfère oublier. Quatre ans après l’officialisation, le 31 janvier 2020, de la rupture entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), l’envie de pavoiser ne viendrait à personne. Ni aux Européens, qui ont certes vu s’éloigner un partenaire difficile mais se sont affaiblis aux yeux du monde, ni surtout aux Britanniques, dont plus de 60 % reconnaissent aujourd’hui avoir eu tort de plébisciter le Brexit (à 51,9 %) lors du référendum de 2016.

Mais l’heure n’est plus aux regrets, plutôt aux enseignements, surtout à l’approche des élections européennes de juin, où des rhétoriques comparables à celles qui ont conduit le Royaume-Uni à l’« erreur » sont à l’œuvre.

Les partisans britanniques du divorce d’avec l’UE promettaient de « reprendre le contrôle » des frontières du pays, de son économie et de sa diplomatie. Dans chacun de ces domaines, l’échec est patent, incontestable. L’immigration a atteint un niveau historiquement haut, avec un taux net d’entrées – 682 000 entre juin 2022 et juin 2023 – deux fois plus élevé qu’avant le Brexit.

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Une réalité que le gouvernement Sunak tente de masquer en pointant du doigt les « boat people » de la Manche, part minime de ces flux. L’économie du pays s’est trouvée affaiblie par le ralentissement de ses échanges avec l’UE, provoqué par le retour de la paperasserie douanière, le Brexit a aggravé l’inflation et ralenti les investissements.

Quant à la place de Londres dans le monde, elle s’est rétrécie en dépit d’un véritable dynamisme dans l’aide à l’Ukraine. Le retour à la souveraineté promis par les partisans du Brexit s’est surtout traduit par un alignement renforcé sur les Etats-Unis. Plutôt que la prétendue « libération » du carcan européen, le Royaume-Uni s’est isolé, accueillant moins d’étudiants étrangers européens, multipliant les obstacles au tourisme et aux échanges dans tous les domaines. Les mensonges de Boris Johnson, grand promoteur du Brexit, n’ont fait qu’affaiblir des institutions séculaires et aggraver le casse-tête irlandais.

Discours fallacieux

Inscrit dans les faits, nullement remis en cause par une opposition travailliste peu désireuse de rouvrir une plaie mal refermée à l’approche d’élections législatives qu’elle espère remporter cette année, le Brexit a calmé les tentations centrifuges en Europe. Marine Le Pen tente de faire oublier le temps où elle s’enthousiasmait pour le non des Britanniques à l’UE, y voyant l’annonce d’un « printemps des peuples ».

Mais, si la revendication d’une sortie de l’Union n’est plus mise en avant, les succès, en Hongrie, en Italie, en France, en Allemagne et en Espagne, d’une extrême droite qui prospère sur le nationalisme, les promesses protectionnistes mensongères et la dénonciation à courte vue des politiques européennes prolongent les mécanismes qui ont mené au Brexit. En France, le quasi-ralliement du parti Les Républicains aux discours du Rassemblement national évoque le moment où l’ancien premier ministre britannique David Cameron a promis un référendum sur le Brexit par crainte de défections d’élus de son parti vers l’extrême droite.

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Quant aux dénonciations, toujours en cours, de la prétendue « folie normative » de Bruxelles et des juges comme « ennemis du peuple », elles ont nourri les discours fallacieux de M. Johnson. Quatre ans après, le Brexit évoque davantage un épouvantail qu’un slogan porteur. Mais les marchands d’illusions, qui ont si efficacement vendu ce fiasco aux Britanniques, opèrent plus que jamais en Europe.

Le Monde

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