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« En Allemagne, la fronde agricole entre en résonance avec la lame de fond de pessimisme qui frappe la société »

En miroir de la France, un vaste mouvement de fronde se déploie en Allemagne depuis le 8 janvier : si les ingrédients sont quasiment identiques d’un pays à l’autre, il s’agit pourtant d’un phénomène totalement inédit de par son ampleur, dans un pays où l’agriculture joue un rôle important. L’étincelle de départ a été la décision de la coalition au pouvoir, motivée par des raisons budgétaires, d’abroger des avantages fiscaux sur le gazole en vigueur depuis 1951 ; face à l’embrasement du monde agricole, elle a fait marche arrière, en renonçant à la taxe sur les véhicules agricoles et en proposant une baisse progressive de la ristourne sur le diesel non routier d’ici à 2026. Sans réussir à atténuer la colère. La baisse de cet avantage fiscal (environ 900 millions d’euros par an) apparaît comme injuste aux yeux des agriculteurs, qui n’ont guère de solutions de remplacement électriques au tracteur diesel.

Surtout, malmenés par le changement climatique, la hausse des prix énergétiques et les réglementations écologiques, les agriculteurs allemands veulent faire connaître leur désarroi face à l’avenir pour le moins incertain de leur profession touchée par les mêmes maux que leurs collègues français.

Tout d’abord, la faiblesse des rémunérations, à la merci de la grande distribution. Les enseignes à bas prix Aldi, Lidl, Rewe et Edeka se partagent 85 % du commerce alimentaire outre-Rhin. Malgré les lois antitrust et la surveillance de l’Office fédéral des cartels, les prix de revient sont souvent dérisoires : celui du lait (de 30 à 40 centimes par litre) n’a quasiment pas évolué en quarante ans. Le SPD exige que les marges des distributeurs se répercutent davantage sur les exploitations, souvent à la limite de la rentabilité. Mais le consommateur allemand, frappé de plein fouet par l’inflation des produits alimentaires (plus de 25 % depuis 2021), s’avère plus sensible à son porte-monnaie qu’à une juste rémunération du monde paysan.

Changements structurels

Ensuite, la forte dépendance du secteur aux subventions (plus de 9 milliards par an). En moyenne, 45 % des revenus agricoles sont couverts par ces aides, selon le rapport sur la politique agricole pour 2023 du gouvernement fédéral. Si la majeure partie de ces financements sont fournis par l’Union européenne, leur versement reste lié la taille des surfaces exploitées (de 200 à 300 euros par hectare), à la nature des exploitations (biologique, conventionnelle) et au respect des exigences environnementales. De fait, les exploitations de grande taille sont favorisées, alors que les petites exploitations, surtout dans le Sud et l’Ouest, dominent.

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