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Crise du modèle agricole : « Céder aux exigences antiécologistes de la FNSEA est irresponsable »

L’usage indifférencié du mot « agriculteurs » n’aide pas à comprendre les causes de la crise du modèle agricole, ni à en surmonter les conséquences. Cette catégorie coiffe en effet des situations très disparates, mais souvent fort éloignées de l’image d’Epinal de la petite exploitation familiale qu’elle contribue à faire prospérer dans l’imaginaire collectif.

De fait, le modèle productif qui domine l’agriculture européenne – quantitativement et politiquement – est industriel. Il promeut l’essor continu des rendements par l’augmentation de l’intensité capitalistique des exploitations. Le secteur agro-industriel est par ailleurs très intégré avec, dans nombre de filières, quelques grands groupes contrôlant l’ensemble de la chaîne de valeur (intrants, matériel agricole, transformation des produits, financement des investissements, etc.). Ces groupes externalisent toutefois leurs activités les moins rentables.

Ainsi, dans l’élevage intensif, l’engraissage des animaux (improprement qualifié d’« élevage ») est confié à des engraisseurs formellement indépendants, mais en réalité privés de revenus décents et d’autonomie dans la gestion de leur activité (prix imposés, clauses d’exclusivité, exigences unilatérales sur les équipements, les normes sanitaires, la productivité, etc.). Ce modèle a été mis au point aux Etats-Unis pendant l’entre-deux-guerres. Depuis, il a essaimé partout dans le monde, y compris en Europe.

Normes inintelligibles et peu efficaces

Même les coopératives agricoles, originellement créées pour servir l’intérêt commun des producteurs agricoles, sont de plus en plus difficiles à distinguer de ces « industriels ». Nombre d’entre elles sont devenues des groupes multinationaux. Leurs filiales commerciales, au capital desquelles participent des tiers, y compris des partenaires financiers, sont actives à des niveaux très différents de la chaîne de valeur, de l’amont (par exemple, la production des équipements) à l’aval (jusqu’à, parfois, la distribution des produits).

A l’instar des industriels classiques, les coopératives sont ainsi en position d’encourager les producteurs agricoles à accroître leur niveau d’endettement pour s’approvisionner auprès de leurs filiales, par exemple en tracteurs ou en bâtiments. Prendre conscience que, bien souvent, c’est l’adhérent qui est au service de la coopérative plutôt que l’inverse conduit à remettre en cause l’inclination des pouvoirs publics à présumer de la capacité des coopératives à défendre les producteurs et leur juste rémunération.

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