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Dans l’Argentine de Javier Milei, une population à la peine face à une inflation qui s’accélère

Des membres de la Gendarmerie nationale argentine (GNA) affrontent des manifestants devant le Congrès tandis que les législateurs débattent du « projet de loi omnibus » du gouvernement sur les réformes économiques, à Buenos Aires, le 1er février 2024.

Un bidon d’huile, des briques de lait, du pain, du fromage râpé… « C’est la troisième fois en quatre mois qu’on vient ici et on peut déjà moins acheter. Tout augmente ! », fustige Walter (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), un garagiste de 36 ans. En cette fin janvier, il désigne son chariot à la sortie d’un grossiste alimentaire de Buenos Aires. « On tient vingt jours avec ça, mais il faut aussi rajouter les légumes et la viande. La moitié de mon salaire [330 000 pesos, 367 euros au taux officiel] est partie dans ces achats », déclare le jeune homme, aux côtés de sa compagne, Julieta, 35 ans.

Cette dernière jongle avec deux emplois : institutrice et employée administrative – un appoint non déclaré. « Je travaille douze heures par jour et je rame, dit-elle en soufflant. Il y a de quoi se sentir impuissant. » Des vacances pendant l’été austral, même près de la capitale, sont inenvisageables depuis quatre ans. La consolation des trentenaires : un verre de Fernet (alcool amer originaire d’Italie, très répandu en Argentine) le soir à la maison et, surtout, le football. « On garde notre abonnement au stade, c’est tout ce à quoi on tient ! », dit Julieta, en s’illuminant.

Le couple fait partie de cette petite classe moyenne argentine heurtée par une inflation qui semble ne jamais vouloir retomber. Systématiquement à deux chiffres depuis 2007, elle a atteint le record – depuis trois décennies – de 211 % en 2023, durant la dernière année de mandat du gouvernement de centre gauche d’Alberto Fernandez. Et, depuis un mois, la spirale s’accélère sous l’incidence des premières mesures du président Javier Milei, au pouvoir depuis le 10 décembre 2023.

« Mégadécret » de plus de 300 articles

L’ultralibéral avait promis une thérapie de choc. Il n’a pas attendu deux jours avant de l’administrer. Dès le 12 décembre, le gouvernement a annoncé des mesures d’austérité telles que la baisse des aides publiques aux transports et aux factures d’énergie. Surtout, une dévaluation abrupte du peso, de plus de 50 %, a été enclenchée. Son effet sur les prix a été immédiat : 25,5 % d’inflation en décembre. Celle-ci devrait s’établir encore à 20 % en janvier, selon les instituts privés de conjoncture. Mais les salaires, eux, ne suivent pas.

Dans la foulée, un « mégadécret », contenant plus de 300 articles modifiant ou abrogeant des lois existantes, est entré en vigueur, le 29 décembre. Un volet crucial, sa réforme du droit du travail, a été temporairement suspendu, puis déclaré inconstitutionnel en janvier. La Cour suprême, saisie par le gouvernement, doit se prononcer. Et l’ensemble du texte peut encore être débouté par le Parlement, à condition que les deux chambres le rejettent.

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