Close

François Bayrou assure que le MoDem reste « membre à part entière de la majorité » au lendemain de son refus d’entrer au gouvernement de Gabriel Attal

François Bayrou après un rendez-vous avec le président, en juin 2022.

Alors que la nomination de la deuxième partie du gouvernement Attal se faisait toujours attendre jeudi 8 février après que François Bayrou a refusé d’en faire partie, le président du MoDem a assuré sur Franceinfo que son parti restait « membre à part entière de la majorité qui veut reconstruire le pays ». Selon lui, « le pays a besoin de plus de compréhension politique de ce qui se passe à la base et de moins de technocratie gestionnaire ».

« Je n’ai jamais renoncé à aucun des devoirs qui sont les miens », a ajouté l’allié historique de M. Macron, très critique à l’égard de son nouveau premier ministre et son gouvernement, jugeant que « l’enjeu de 2027, c’est précisément qu’on arrive à réconcilier la France qui se bat en bas avec la France qui décide en haut ». Interrogé sur l’argument d’une absence d’« accord profond » qu’il a avancé mercredi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) pour justifier son refus d’entrer au gouvernement, M. Bayrou a insisté sur le fait qu’il parlait « de la politique éducative ».

Se disant en désaccord avec « la musique de fond », selon laquelle « les enseignants ne travaillent pas assez », il a dit que l’éducation nationale ne pouvait pas « se redresser dans un climat gestionnaire ». A la question de savoir si son désaccord valait pour l’ensemble de la politique menée, le maire de Pau a tranché : « J’espère que non. » Mais il a dénoncé « une dérive ». « Le moment est venu de remettre les choses à l’endroit, de rappeler pourquoi nous sommes là », a insisté celui qui se pose volontiers comme un sage, à son poste de haut-commissaire au plan.

Il a notamment évoqué « la multiplication des indices selon lesquels la crise, on ne va pas l’équilibrer, on ne va pas l’arrêter, mais on fait comme si elle n’existait pas ». « Mon soutien ne se marchande pas à condition que soit entendue l’inquiétude qu’un très grand nombre de Français ressentent, qui se traduit dans tous les sondages », a ajouté M. Bayrou.

Gabriel Attal à l’Elysée jeudi matin

La décision de François Bayrou provoque des remous au sein de son propre parti : une des principales figures du MoDem, le député Jean-Louis Bourlanges, l’a accusé d’« affaiblir dangereusement » la majorité, tout en « discréditant » le parti. Sur X, M. Bourlanges a affirmé que le patron du MoDem avait refusé d’entrer au gouvernement Attal « sans aucune concertation ». « Si nous n’étions pas vraiment satisfaits de la place qui nous était proposée, il eût été envisageable de pratiquer le soutien sans participation », a critiqué le président de la commission des affaires étrangères, regrettant que le MoDem se trouve dans la position « inverse », à savoir « la participation sans le soutien ».

Quelques heures plus tard, jeudi, le MoDem a publié un communiqué pour « assumer ce rôle de vigie » dans le camp présidentiel afin que « les engagements pris devant les Français en 2017 et réaffirmés en 2022 soient tenus, pour que la majorité reste la majorité ». La formation centriste s’est positionnée dans ce communiqué « en soutien et en participation » du gouvernement de Gabriel Attal. « Avec loyauté, sans ambiguïté et avec confiance. Nous serons, comme toujours, au rendez-vous », a abondé le ministre de l’agriculture, issu du MoDem, Marc Fesneau sur son compte X.

« Bienvenue au MoDem dans l’opposition »

La sortie tonitruante de François Bayrou a retiré de l’équation du remaniement l’inconnue de poids qui s’y était invitée lundi, et qui a retardé le dénouement. Le premier ministre, Gabriel Attal, était à l’Elysée jeudi matin pour s’entretenir avec Emmanuel Macron, a constaté un journaliste de l’AFP. L’annonce de la liste de la quinzaine de personnalités appelées à compléter les quatorze ministres déjà nommés est attendue à la mi-journée, a confirmé en début de matinée l’entourage du président. Mais en insistant sur ses divergences politiques, le Béarnais a aussi ouvert de nouvelles incertitudes sur les équilibres de ce casting complexe.

A l’éducation nationale, où Amélie Oudéa-Castéra, empêtrée dans une série de polémiques, a fait une entrée ratée, le nom qui tient la corde est celui de Nicole Belloubet, ministre de la justice de 2017 à 2020, durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Outre son expérience gouvernementale, Mme Belloubet, âgée de 68 ans et issue du Parti socialiste, fut notamment rectrice des académies de Limoges et Toulouse, entre 1997 et 2005, avant de démissionner en dénonçant les suppressions de postes d’alors.

Newsletter

« Politique »

Chaque semaine, « Le Monde » analyse pour vous les enjeux de l’actualité politique

S’inscrire

Malgré l’assurance du maintien du MoDem dans la majorité, les oppositions ont humé le parfum de crise politique. « Une majorité de plus en plus relative… ! Bienvenue au MoDem dans l’opposition », a ironisé le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud. « Du coup, si Bayrou veut être cohérent, l’ensemble des ministres MoDem doivent quitter le gouvernement », a pour sa part réagi le député LR Pierre-Henri Dumont.

Confronté au casse-tête de cette liste additionnelle, qui doit respecter les équilibres politiques et territoriaux ainsi que la parité hommes-femmes, M. Attal est en déplacement jeudi dans le Pas-de-Calais auprès des victimes des inondations, auxquelles il avait réservé son premier déplacement et promis de revenir. Le premier ministre y sera accompagné du ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, notamment pour « exprimer son soutien aux élus, habitants et commerçants touchés », et « saluer l’action » des secours et des élus

Le Monde avec AFP


source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top