Close

Le politologue Alfred Grosser est mort

Alfred Grosser, le 6 octobre 2011, à Paris.

Qui, parmi celles et ceux qui se sont intéressés à l’Allemagne au cours du dernier demi-siècle, n’a pas été un jour l’« élève » d’Alfred Grosser ? Par ses cours et séminaires à Sciences Po et par ses nombreux livres, rédigés aussi bien en français qu’en allemand, Alfred Grosser a influencé plusieurs générations de germanistes, d’historiens, de politologues, de journalistes. Sa connaissance des sociétés et des politiques françaises et allemandes s’est enrichie de la comparaison entre les deux pays qu’il n’a cessé de mener. « Il est décédé hier à Paris, quatre-vingt-dix ans jour pour jour après son père, décédé trois mois après leur arrivée en France », confie au Monde son fils, Pierre Grosser, jeudi 8 février.

Cependant, pour Alfred Grosser, il ne s’agissait pas seulement de connaître. Il voulait aussi contribuer à créer des liens entre Français et Allemands après la catastrophe du nazisme et de la guerre qu’il avait vécue dans sa chair. Avec Joseph Rovan (1918-2004), auquel le liait une rivalité fraternelle, il a été un des premiers promoteurs, non de la « réconciliation » franco-allemande – il n’aimait pas ce mot –, mais de la volonté de se comprendre de part et d’autre du Rhin. De 1947 à 1967, il a participé à la direction du Comité d’échanges avec l’Allemagne nouvelle, fondé par des résistants et des déportés, et il a été directeur du bulletin trimestriel Allemagne.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Alfred Grosser, la morale, l’identité et Israël

Son engagement était fondé sur la conviction qu’il n’y avait pas de culpabilité collective « quelle que fût la monstruosité des crimes et quel qu’ait été le nombre des criminels », comme il l’écrit dans Une vie de Français. Mémoires (Flammarion, 1997). Et de rappeler que le préambule des Constitutions de la IVe et de la Ve République parle de la victoire des peuples libres remportée sur les « régimes » qui voulaient les asservir, et non sur les Etats, les nations ou les peuples.

Alfred Grosser était né le 1er février 1925 à Francfort-sur-le-Main, dans une famille juive sécularisée. Son père, Paul, était professeur de pédiatrie et directeur de l’hôpital pour enfants de la ville. Il fuit le nazisme avec sa famille et s’installe en décembre 1933 à Saint-Germain-en-Laye, où il crée une institution pour enfants malades. Il meurt dans la nuit du 6 au 7 février 1934.

Le petit Alfred a 12 ans quand il est naturalisé français avec sa mère et sa sœur aînée, Margarete. L’exode les pousse vers le Pays basque et finalement vers Saint-Raphaël, où ils passeront les années de guerre. Alfred Grosser rappellera toujours que les troupes d’occupation italiennes dans le comté de Nice étaient plus clémentes envers les juifs que la police de Vichy.

Il vous reste 75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top