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« L’idée selon laquelle la globalisation aurait démantelé les économies nationales est inexacte »

Evoquer la défense de la « souveraineté économique » dans le cadre d’une « économie nationale » est-il pertinent à l’ère de la mondialisation ? Certainement s’il s’agit d’une réaction politique face à ce mouvement de mondialisation. Mais est-il possible économiquement d’inverser ce mouvement ? Et si oui, au profit de qui ?

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L’idée selon laquelle la globalisation aurait démantelé les économies nationales est inexacte. Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe guère historiquement d’économie « française », ni à l’époque ancienne (la Gaule faisant partie de l’Empire romain) ni médiévale (quand les marchés liant plusieurs régions d’Europe et d’Asie sont déjà importants), encore moins à l’époque moderne lorsque deux marchés dominent : les marchés locaux et régionaux d’une part, et le commerce de longue distance avec l’Orient, l’Afrique et les Amériques d’autre part. A toutes ces époques, l’économie mondiale n’est certes pas unifiée comme elle l’est de nos jours, mais l’économie « française » ne l’est pas non plus.

Cette dernière est une construction à la fois politique et économique qui relève en partie du XVIIIe siècle et surtout du monde contemporain, à partir du XIXe siècle, à un moment où l’Etat-nation se consolide. Cette dimension s’impose encore plus sur le plan idéologique et économique au siècle suivant avec l’affirmation de l’Etat social et l’idée que les politiques économiques pourraient réguler les marchés.

Construction institutionnelle

Comme tout autre marché, jamais « naturel » ni « spontané », l’économie nationale est donc une construction institutionnelle. Sauf qu’au XIXe siècle, elle s’inscrit dans un cadre libéral qui contribue à accroître les inégalités, et au XXe dans une perspective régulationniste visant plutôt à les réduire. C’est la raison pour laquelle, encore de nos jours, la souveraineté économique plaît à un nationalisme tant de droite que de gauche. Mais dans un cas comme dans l’autre, on oublie de mentionner que, précisément aux XIXe et XXe siècles, alors que s’impose l’expression « économie nationale », la croissance se nourrit en réalité des échanges internationaux et avec les colonies françaises.

Même pendant les périodes où triomphent les politiques protectionnistes menées au nom de la souveraineté nationale, au début et à la fin du XIXe siècle ou après la crise de 1929, l’économie internationale est en réalité bien présente. Mais son impact se distribue différemment entre les différents groupes de la population par rapport aux périodes de libre-échange. Par exemple, le protectionnisme agricole pénalise les salaires des travailleurs urbains ; la défense de l’économie nationale prêchée à cette époque est en réalité celle d’une redistribution du revenu national aux dépens des salariés.

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