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Au Salvador, des soupçons d’irrégularités pendant et après les élections

La « une » du journal « La Prensa grafica » indiquant que Nayib Bukele a été réélu, dans le centre historique de San Salvador, le 5 février 2024.

Vendredi 9 février, cinq jours après l’élection présidentielle du 4 février, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a enfin annoncé la victoire du président salvadorien, Nayib Bukele, candidat à un deuxième mandat, avec 2,7 millions de voix (82,66 %) contre à peine 204 167 voix (6,25 %) pour son premier adversaire, Manuel Flores, du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN, gauche).

Elu une première fois en 2019, le chef de l’Etat, qui avait déjà violé la Constitution interdisant une réélection immédiate du président en présentant sa candidature, n’a pas non plus respecté le rôle du TSE : il s’était ainsi déclaré vainqueur sur X dès 19 heures, au soir du dimanche 4 février, soit deux heures après la fermeture des bureaux de vote, et sans que le Tribunal ne se soit prononcé. Dans ce même message, il avait également assuré que son parti, Nuevas Ideas (Nouvelles Idées) avait gagné 58 des 60 sièges de députés, conservant la majorité qualifiée, qu’il possède depuis 2021.

Or, ces deux scrutins ont connu une série de graves anomalies avant, pendant et après le vote, qui fait dire à Ruth Lopez, experte en droit électoral : « Nous sommes face à une fraude généralisée. » Pour la première fois depuis sa création lors des accords de paix en 1992, le TSE a été incapable de donner un résultat préliminaire le soir des élections présidentielle et législatives. Pire, après un comptage de 5 % des votes pour les députés et de 30 % pour la présidence, les dysfonctionnements étaient tels que le Tribunal a préféré ne plus actualiser sa page Internet à partir de 22 heures et la faire disparaître à minuit. « On sait à présent que lors de la transmission des résultats, les votes se multipliaient pour un seul parti politique : celui du président Bukele. C’est pourquoi le Tribunal a dû tout arrêter », ajoute Ruth Lopez.

Une série de problèmes

Si peu de doutes subsistent sur le résultat de la présidentielle, où le nombre de voix exact importe finalement peu, tant le très populaire Nayib Bukele était assuré de l’emporter avec plus de 50 % des voix, il n’en va pas de même pour les élections législatives, dont les bulletins étaient toujours en cours de dépouillement samedi : du nombre précis de sièges obtenu dépend de savoir si Nuevas Ideas obtient la majorité des deux tiers, et donc si le président conserve le contrôle des trois pouvoirs – la majorité qualifiée étant nécessaire pour modifier la composition de la Cour suprême ou remplacer le procureur général, par exemple, ce que l’Assemblée s’était empressée de faire en 2021, après que Nuevas Ideas et leurs alliés aient raflé 77 % des voix.

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