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Guerre Israël-Hamas : pendant que le conflit fait rage à Gaza, la colonisation s’emballe en Cisjordanie

Cinq préfabriqués sont posés là, sur la pierraille, tout contre le sommet d’une colline nue, coiffée d’une antenne immense. Derrière les parois brutes, sous la tôle tordue, des pièces propres, des cuisines au sol dallé, le tout prêt à être habité. La construction de l’avant-poste de Nofey Elhanan a commencé il y a un mois. Ses futurs habitants devraient emménager sous peu.

L’avant-poste de Nofey Elhanan, en face de la colonie israélienne d’Einav (Cisjordanie), le 1er février 2024.

L’endroit porte le nom d’un mort — Elhanan Klein, 29 ans, tué le 2 novembre 2023. Il venait d’Einav, une colonie installée sur la colline d’en face, à la frontière occidentale de la Cisjordanie, occupée depuis 1967 par l’armée israélienne, en violation du droit international. « Il laisse trois enfants et une femme. C’était un réserviste qui rentrait chez lui. Une voiture l’a dépassé et des terroristes l’ont mitraillé. Ça a été un coup dur pour la communauté. Cela faisait vingt ans qu’on n’avait pas eu d’attaque. C’est tranquille, ici… », témoigne Orel Meneham, la trentaine, en treillis, casque et gilet pare-balles, qui garde l’entrée de sa communauté.

Einav se trouve non loin de la ville palestinienne de Tulkarem, où l’armée israélienne mène des raids réguliers contre les militants locaux. La route 557 passe dans un étroit défilé entre la colonie et l’avant-poste, resserrant encore un peu l’emprise israélienne sur ce territoire parsemé de villages palestiniens.

Une habitante de la colonie insiste pour dire que les préfabriqués ont été installés dans la légalité. « Israël a déclaré le lieu domaine public dépendant d’Einav. Il n’y a pas de plan directeur qui autorise de construction ici », explique toutefois Dror Etkes, chercheur pour l’organisation israélienne Kerem Navot. A l’entrée de l’implantation, une affiche rend hommage au colon tué : « Soyez bons, soyez heureux, soyez légers, soyez un peu de Elhanan. Qu’il repose en paix et que Dieu venge son sang. »

« On ne part pas de zéro »

Ce n’est pas le seul avant-poste construit ces derniers mois. Celui de Givat Haktora avait été installé il y a deux ans. Il est situé sur le flanc d’une colline, à mi-chemin entre les colonies de Shilo et d’Eli, qui totalisent à elles deux 10 000 habitants, sur les quelque 500 000 colons que compte la Cisjordanie.

En contrebas, une station-service sur la route 60, où deux Palestiniens armés ont attaqué un restaurant au mois de juin, tuant quatre Israéliens. Depuis, une pancarte rouge trône à la sortie de la station, où figure le mot « vengeance ». L’armée évacuait régulièrement Givat Haktora, qui, comme tous les avant-postes sauvages qui jalonnent la Cisjordanie, était considéré comme illégal, y compris au regard du droit israélien. Mais, depuis le 7 octobre, l’administration laisse faire. L’avant-poste s’est agrandi. Une piste le relie à présent à Shilo ; une autre le connectait déjà à Eli.

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