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« La France a une relation particulière avec le concept de souveraineté »

Nul mieux qu’Emmanuel Macron n’a su il y a sept ans incarner la volonté d’accélérer la modernisation de l’économie française ; il en appela à l’initiative, à la mobilité, à l’innovation et il réunit sur ce projet une large coalition. Mais la campagne de 2022, par comparaison, manqua à l’inverse d’inspiration, et ouvrit une période de flottement.

L’appel à la « réforme » continua sur sa lancée, mais c’est finalement un thème parfaitement inattendu, celui de « souveraineté économique », qui s’impose désormais dans tous les domaines – l’agroalimentaire, la pharmacie, l’énergie, le numérique, la technologie, etc.

On peut certes y voir une sorte de bon sens : diversifier les fournisseurs, détenir un stock approprié de produits vitaux, investir dans les technologies de demain. Mais cela ne suffit pas à définir une vision stratégique, et impose dès lors de poser une question de fond : les notions d’économie « nationale » et de souveraineté économique ont-elles encore un sens ?

Deux temporalités

Contrairement à un préjugé répandu, la nation est bien, depuis des temps reculés, l’acteur central de ce que l’on appelle à juste titre une économie « inter-nationale ». Les historiens font partir les temps modernes de la rupture qui se produit en Europe aux XVIe et XVIIe siècles. L’Etat-nation, reconnu comme pivot des relations internationales avec les traités de Westphalie (1648), est devenu depuis la forme dominante d’organisation de la vie politique ; quant à l’économie nationale, elle devient sous l’impulsion du capitalisme la forme dominante d’organisation de la société civile.

L’un comme l’autre ont beaucoup changé au fil des siècles, mais la forme « nation » s’est imposée à l’échelle de la planète, et le système mondial qui en résulte s’est jusqu’ici toujours formé sous l’influence d’une puissance dominante. Chaque nation n’a en revanche qu’une influence minime sur son environnement – à l’exception des nations européennes, qui ont pour la première fois dans l’histoire accepté un transfert partiel de souveraineté pour survivre dans un univers de grandes puissances. Le « concert des nations », même à l’ère de la mondialisation, obéit à des forces simples, mais puissantes : une combinaison de rivalités et de coopérations dans l’ordre politique, un mélange de concurrence et d’interdépendance dans l’ordre économique.

En lisant selon cette grille l’histoire des nations européennes, pour la plupart regroupées aujourd’hui dans l’Union européenne, on constate deux choses :

  • D’une part, ce long processus historique a conduit ces peuples si divers et si souvent en guerre à un modèle canonique commun, amalgame de capitalisme, de démocratie et d’individualisme.

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