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A Wilhelmshaven, sur la côte de la mer du Nord, la révolution allemande du GNL

Les bateaux « Höegh Esperanza » et « Maria Energy », à Wilhelmshaven (Basse-Saxe), en Allemagne, le 3 janvier 2023.

Sous le soleil pâle de Wilhelmshaven, en Basse-Saxe, sur la côte allemande de la mer du Nord, on attend la venue du prochain méthanier. Il en arrive un tous les huit jours. « Les bateaux viennent d’Angola, de Norvège, du Nigeria, mais l’essentiel des livraisons provient des Etats-Unis », souligne Thomas Hohmann, directeur du site pour le groupe énergétique Uniper, nationalisé par l’Allemagne à la fin de 2022. Vêtu d’une épaisse parka jaune fluo, accessoire indispensable contre le vent froid qui s’insinue entre les omoplates, il montre du doigt un bateau blanc amarré à un long ponton soigneusement barricadé, interdit au public. Le navire de 300 mètres est un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL), ou « unité flottante de stockage et de regazéification ». Raccordé au réseau le 21 décembre 2022, c’est le premier terminal GNL mis en service en Allemagne.

Le navire est à la fois un lieu de stockage et de transformation. Lorsqu’un méthanier veut livrer sa cargaison, il s’amarre au bâtiment, y décharge son gaz sous forme liquide, qui est ensuite regazéifié dans les cuves, avant d’être injecté dans le réseau gazier terrestre. L’opération prend deux jours. « Le bateau s’appelle Höegh Esperanza, sous pavillon norvégien », précise M. Hohmann. Le mot « espérance » sonne comme une ironie de l’histoire : la location du vaisseau par le gouvernement a contribué – à côté d’autres facteurs comme la baisse de la consommation – à ce que l’Allemagne surmonte la crise gazière de l’hiver 2022, sans pénurie ni effondrement économique d’ampleur.

Le choc de la guerre en Ukraine et de la fin des livraisons russes a forcé l’Allemagne à faire sa révolution copernicienne : en matière énergétique, la priorité n’est plus mise sur les prix, mais sur la sécurité des approvisionnements. Jadis jugé trop polluant et trop cher par rapport au gaz russe, le GNL est désormais considéré comme indispensable dans le bouquet énergétique, même s’il ne représente actuellement que 7 % du volume des importations de gaz.

« Le fait d’avoir des terminaux permet de parer à toute éventualité. Même si, pour des raisons environnementales, il est préférable que la consommation allemande de GNL reste faible », souligne Andreas Loeschel, expert de l’énergie et professeur à l’université de la Ruhr. L’annonce par le président Joe Biden, fin janvier, du gel de dix-sept projets de ports d’exportation de GNL ne le préoccupe pas. « Il y a d’autres projets de ce type en développement dans le monde, on peut s’attendre à ce que l’approvisionnement en GNL soit suffisant à l’avenir. »

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