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Etre une femme et travailler chez soi : les assistantes maternelles entre disponibilité étendue et rémunération limitée

[Comment travaillent les assistantes maternelles ? Geneviève Cresson est sociologue, retraitée, ancienne professeure à l’université de Lille et au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé). Ses travaux concernent la famille, la santé, la petite enfance et le genre ainsi que leurs articulations. François-Xavier Devetter est chercheur au Clersé (université de Lille) et à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Ses travaux de recherche portent sur le temps de travail et les emplois à bas salaire, tout particulièrement les agentes et agents d’entretien, les aides à domicile et les assistantes maternelles agréées. Il a publié récemment Aide à domicile, un métier en souffrance. Sortir de l’impasse, avec Annie Dussuet et Emmanuelle Puissant, aux Editions de l’Atelier (2023). Julie Lazès est enseignante-chercheuse à l’IMT Nord Europe et au Clersé. Elle travaille sur les usages numériques et leurs impacts sur des dynamiques territoriales (activité de communes insulaires) ou sur des conditions de travail et d’emploi (assistantes maternelles).]

Dans notre pays, le recours aux assistantes maternelles (AM) reste la première solution de garde pour les jeunes enfants avant 3 ans et leur scolarisation. L’enquête emploi de l’Insee compte 390 000 AM, dont 80 % sont salariées du particulier employeur. Leur rémunération mensuelle moyenne nette est de 1 233 euros, selon la même enquête.

Ce métier reste essentiellement féminin (à plus de 97 %), même si les textes officiels en parlent au masculin – ce que nous ne ferons pas ici. Il est traversé par des paradoxes proches de ceux des autres métiers féminins considérés comme peu qualifiés (cf. la contribution de Séverine Lemière et Rachel Silvera, « Reconnaître le travail pour établir l’égalité salariale femmes-hommes : le cas des sages-femmes », Le Monde du 8 janvier) : il est indispensable au bon développement de l’enfant comme au bon fonctionnement de l’économie, en permettant aux parents, et spécialement aux mères, de rester en emploi.

Le métier d’AM, comme l’ensemble du secteur de la petite enfance, devrait constituer ainsi un pilier des politiques d’investissement social (Clément Carbonnier et Bruno Palier, 2022). Pourtant, cet emploi n’est pas reconnu à la hauteur des enjeux, et ne fait pas l’objet d’une véritable politique publique complète et cohérente, tout au plus d’aménagements successifs et ponctuels des conditions d’accueil ou de rétribution.

Le fait que ce soient des femmes qui accomplissent ces tâches, qui plus est à leur propre domicile et auprès de très jeunes enfants – considérés trop souvent comme l’apanage des femmes –, explique sans doute la relative méconnaissance et la mauvaise évaluation des conditions d’emploi des AM, de leur charge de travail et de leur rémunération, parfois fantasmée, mais qui reste modeste et précaire.

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