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A Gaza, inquiétude sur le dépôt d’une institution archéologique française

Quand le directeur de l’Autorité des antiquités d’Israël a posté une vidéo, le 21 janvier, sur le réseau social Instagram, montrant des soldats israéliens dans un entrepôt rempli de vestiges archéologiques, Jean-Baptiste Humbert a tout de suite reconnu les lieux. Ce pensionnaire historique de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem a loué cette réserve à un Palestinien, en plein centre-ville de Gaza, à partir de 2005.

Cela faisait déjà dix ans qu’il fouillait les vestiges dans l’enclave. Il y avait été appelé en 1995 par le tout nouveau service des antiquités de l’Autorité palestinienne, qui s’installait alors dans la bande côtière, dans la foulée des accords d’Oslo. Ce prêtre dominicain s’est notamment concentré sur le site de Blakhiya, l’ancienne ville grecque d’Anthédon. Il a aussi formé toute une génération de Palestiniens à l’archéologie, comme Fadel Al-Otol, un enfant du camp de réfugiés d’Al-Chati, devenu l’une des figures de la défense du patrimoine de Gaza et de sa très riche histoire, cinq fois millénaire.

« Dans l’entrepôt se trouve le produit de vingt-huit ans de recherches archéologiques », affirme Jean-Baptiste Humbert : des amphores en provenance de toute la Méditerranée, diverses poteries, les enduits d’une maison hellénistique, etc. Des pièces issues des sites fouillés par l’Ecole biblique, dont la propriété revient, selon le droit international, aux Palestiniens et dont l’institution française a la garde.

Bien que les étages supérieurs aient été visés par des bombardements pendant la guerre, le rez-de-chaussée était resté intact, au moins jusqu’à la visite des soldats, affirme René Elter, autre figure de l’archéologie à Gaza, chercheur associé à l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem et coordinateur scientifique de Première Urgence internationale, une ONG qui a commencé à travailler dans l’enclave en 1999. L’un de ses collègues gazaouis avait visité les lieux début janvier. « Il n’y avait plus de portes. Le lieu avait été visité, des choses prises, essentiellement des planches, des bâches, du matériel de cuisine : c’était pour la survie. Mais la collection archéologique semblait globalement épargnée. Et cette vidéo a circulé. Depuis, je ne dors plus », dit René Elter.

« Déplacer ces collections »

Les images diffusées par l’Autorité des antiquités d’Israël suggèrent que les soldats israéliens ont fouillé le dépôt en profondeur. « L’idéal serait d’organiser une mission, de constater l’état des collections puis de souder la porte en attendant de déplacer ces collections ailleurs à l’intérieur de Gaza », ajoute René Elter.

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