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Mayotte : un nouveau préfet, venu du Nord, nommé en pleine crise

François-Xavier Bieuville, alors sous-préfet de Dunkerque (Nord), à Loon-Plage, le 30 novembre 2023.

« Si les barrages sont effectivement levés, la ministre déléguée chargée des outre-mer se rendra de nouveau à Mayotte dans les prochains jours. » Annonçant la venue sous condition de Marie Guévenoux, le courrier promis aux élus et collectifs mahorais dimanche 11 février, à Mamoudzou, par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, leur est parvenu mercredi 14.

La lettre rappelle les mesures énoncées ce week-end pour tenter de soulager la pression de l’immigration irrégulière sur l’île – suppression du droit du sol par une future révision de la loi constitutionnelle, fin du titre de séjour territorialisé qui empêche ses détenteurs de quitter Mayotte, limitation du regroupement familial, « rideau de fer » contre les passeurs en mer. Pour soutenir le développement de l’archipel, un projet de loi « d’urgence pour Mayotte » sera présenté au conseil des ministres le 22 mai.

Le courrier cosigné par M. Darmanin et Mme Guévenoux n’établit pas de liste d’« engagements », à la différence du document gouvernemental du 17 mars 2018 qui en comptait quatorze, après le précédent mouvement des barrages à Mayotte. Les collectifs citoyens des Forces vives ont accueilli ces nouvelles avec circonspection. Les barrages sont « maintenus quelques jours, on a besoin d’échanger entre nous », a indiqué Safina Soula, une des porte-parole.

Critiquées par la gauche au nom des principes républicains, et par les spécialistes pour leur efficacité relative, les mesures attendues sur l’immigration sont, surtout, fragilisées sur un autre front. Mardi, l’Union des Comores, l’ancienne colonie voisine indépendante depuis 1975, d’où provient la majorité des étrangers résidant à Mayotte, a rappelé qu’elle n’avait aucune intention de coopérer avec la France dans la gestion des flux migratoires.

L’agenda du Quai d’Orsay

La suppression du droit du sol « ne concerne pas les Comoriens, qui, à Mayotte, sont chez eux », affirme un communiqué des autorités de Moroni : « Les Comores ne cesseront jamais de revendiquer Mayotte (…) et ni le temps ni les modifications constitutionnelles ne pourront altérer une histoire millénaire, un destin partagé par les Comoriens. » Grande Comore, Mohéli et Anjouan sont ici qualifiées d’« îles sœurs » avec Mayotte.

« Depuis une quinzaine d’années, les flux migratoires vers Mayotte sont orchestrés. Le pouvoir corrompu de Moroni est en train d’organiser le trafic en provenance du continent africain », a dénoncé mardi à l’Assemblée nationale la députée de Mayotte Estelle Youssouffa (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires). Le Quai d’Orsay est accusé par les parlementaires mahorais à Paris de mener son propre agenda et de ménager les Comores aux dépens de la souveraineté française. En 2018, il avait étudié à la demande de l’Elysée l’idée d’une « communauté de l’archipel des Comores », un rapprochement dont ne veut pas entendre parler Mayotte. Le ministère français des affaires étrangères n’a d’ailleurs pas cosigné les annonces du 11 février.

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