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« La Commission européenne prévoit une augmentation vertigineuse de la demande de matières premières critiques »

La transition verte de l’Europe a propulsé l’Union européenne (UE) dans une course mondiale aux matières premières critiques. La Commission européenne prévoit une augmentation vertigineuse de la demande, par exemple pour les terres rares et le lithium – respectivement jusqu’à 12 fois et 60 fois d’ici à 2050.

Les matières premières critiques proviennent principalement de l’extérieur de l’UE. La Commission a proposé, en mars 2023, une loi sur ces matières premières (Critical Raw Materials Act, CRMA) comme pierre angulaire du plan industriel vert de l’UE, au côté du règlement pour une industrie « zéro net » (NZIA). Le CRMA, adopté en décembre 2023, vise à mettre en place des chaînes de valeur nationales pour ces matières dans les Etats membres. D’ici à 2030, l’objectif est de fournir au moins 10 % de la consommation annuelle de minéraux critiques de l’UE, d’en traiter au moins 40 % dans l’Union et de veiller à ce qu’au moins 25 % de ces minéraux proviennent du recyclage national, tout en limitant les importations de chaque minerai à 65 % de la consommation annuelle de l’UE.

Le CRMA, tout comme le NZIA, met en évidence la dépendance excessive de l’UE à l’égard des chaînes d’approvisionnement externes. Or, l’infrastructure et les cadres législatifs existants dans l’Union ne permettent pas de soutenir la croissance de l’approvisionnement, du raffinage et du recyclage de ces matériaux à l’intérieur même des pays membres. Malheureusement, le CRMA ne s’attaque guère à ces obstacles.

Goulet d’étranglement

Les études géologiques montrent que les réserves nationales de l’Europe peuvent satisfaire une partie substantielle de la demande de l’UE en minéraux essentiels. Sur la base de ces données, le CRMA attend des Etats membres qu’ils relancent les activités minières, notamment en identifiant des « projets stratégiques » qui bénéficieront d’un accès plus facile au financement et de procédures d’autorisation accélérées. Mais cette ambition se heurte à la complexité des procédures d’autorisation au niveau national et, peut-être plus important encore, à une opposition publique profondément enracinée en Europe à l’égard des activités minières.

Le traitement des minéraux est un autre goulet d’étranglement important. Aujourd’hui, il n’existe qu’une seule installation de traitement des terres rares en Europe, basée en Estonie. Le recyclage pose également des problèmes, car il n’y a pas de collecte systématique des déchets et les incitations économiques sont plutôt faibles dans le cas de plusieurs minéraux. L’utilisation de matières premières secondaires est très souvent soit irréalisable, comme dans le cas du charbon à coke dans la production d’acier, soit peu souhaitable en raison d’une faible qualité, comme dans le cas du lithium, soit entravée par une technologie insuffisante, comme dans le cas du silicium. Pour ne rien arranger, l’incertitude économique due à la volatilité des prix des produits de base et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée empêchent d’attirer les investissements privés substantiels nécessaires.

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