Close

Guerre en Ukraine : Kiev contraint de revoir ses ambitions militaires à la baisse

Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky (2e à gauche), visitant les positions de première ligne dans l’est de l’Ukraine, près d’Avdiïvka et de Koupiansk, sur une photographie diffusée le 14 février 2024.

Le changement de posture est officiellement acté. Trois mois après l’échec de sa contre-offensive, lancée pleine d’espoir en juin 2023 mais qui s’est brisée sur les fortifications russes édifiées tout le long de la ligne de front, l’Ukraine s’est résolue à rabattre ses ambitions. « Nous sommes passés d’une action offensive à une opération défensive », a reconnu le nouveau commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrsky, dans un court entretien diffusé le 13 février par la chaîne allemande ZDF, près de deux ans après le lancement de l’« opération militaire spéciale » de Moscou.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Pourquoi la contre-offensive de l’Ukraine est en échec

L’armée ukrainienne n’a guère d’autre choix. La densité des champs de mines aménagés par les Russes – jusqu’à cinq engins explosifs par mètre carré, sur une profondeur pouvant atteindre 15 à 20 kilomètres – a rendu illusoire une percée mécanisée, en tout cas avec les engins de bréchage dont dispose Kiev pour le moment.

De même, les milliers de drones d’observation qui survolent chaque jour la ligne de front ont, aux dires des militaires, rendu le champ de bataille « transparent », empêchant toute concentration de forces. A peine des véhicules ou des troupes sont-ils regroupés qu’ils sont ciblés par l’artillerie ou pris en chasse par des drones explosifs.

« Creuser pour se protéger »

Surtout, l’armée de Kiev fait face à une grave crise de munitions. Faute d’accord au Congrès entre démocrates et républicains, les Etats-Unis ne livrent plus d’obus et de roquettes aux Ukrainiens depuis le début de l’année, et les Européens peinent toujours à relancer leurs usines d’armement. Pour pallier leur manque d’artillerie, l’armée de Kiev utilise bien massivement des drones dits « FPV » (First Person View), pilotés à distance avec des lunettes immersives et donc très précis, mais ils ne suffisent pas à combler la différence avec les Russes.

Selon les analystes, le « rapport de feux », qui mesure l’écart de volume de tirs d’artillerie entre deux belligérants, serait aujourd’hui de un à dix, voire à douze en faveur de la Russie. « Les Ukrainiens ne peuvent pas tenir avec un tel ratio sans perdre beaucoup d’hommes. Il est plus raisonnable pour eux de se replier sur des positions défensives valorisées », juge Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux et officier de réserve.

Cette « valorisation » des défenses, terme militaire pour désigner la fortification des lignes avec des tranchées, des bunkers préfabriqués, des mines, ou encore des dispositifs antichars, les Ukrainiens s’y emploient depuis le début de l’hiver, à marche forcée au vu de la pression russe. A l’est du pays, dans l’oblast de Donetsk, ils construisent tout un réseau de fortins se protégeant les uns les autres. Plus au nord, dans l’oblast de Kharkiv, et au sud, dans la région de Zaporijia, ce sont au minimum deux lignes de défense qui sont en cours d’aménagement, autour des centres urbains et des axes stratégiques. « Creuser pour se protéger, c’est une constante de la guerre. Le conflit ukrainien n’y fait pas exception, malgré toute la technologie qui y est déployée », observe une source militaire française.

Il vous reste 75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top