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« Comment espérer ralentir la progression du RN en détricotant les principes qui, précisément, permettent de s’opposer à lui ? »

Des paroles et des actes. Ou plutôt des actes, et puis des paroles. A quelques jours d’intervalle, deux interventions de l’exécutif, deux symboles contradictoires. Le 11 février, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, annonce une réforme « radicale » : l’inscription de la fin du droit du sol à Mayotte, pour tenter d’endiguer les puissants flux migratoires arrivant sur l’île.

Une remise en cause des principes fondamentaux de la République, a aussitôt dénoncé l’opposition de gauche. Dans une tribune publiée le 14 février par Le Monde, la philosophe Ayyam Sureau y voit même la contribution à un « mouvement xénophobe » selon lequel « l’étranger serait coupable des difficultés françaises », après une loi sur l’immigration, votée fin décembre, qui compliquait déjà la vie des étrangers résidant en France. Elle n’est pas seule à le penser, y compris dans la majorité. Libéré de son devoir de réserve, l’ancien porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, ne dit pas autre chose, dimanche dans Le Parisien, dénonçant cette « idée selon laquelle l’étranger pourrait en soi être un problème ».

Voilà pour le premier mouvement. Le deuxième est à venir. Mercredi 21 février au Panthéon, Emmanuel Macron prononcera un discours vibrant pour célébrer la figure de Missak Manouchian, communiste, étranger, résistant, et, à travers lui, le sacrifice de milliers d’étrangers ayant, en France, résisté au nazisme. L’occasion de célébrer l’apport des étrangers à notre pays, tout comme le choix qu’ils ont fait de la France, attirés par son idéal universaliste et ses principes forgés dans l’histoire (dont le droit du sol est une constante). Fin décembre, le président, garant de « l’unité », confiait au Monde vouloir ainsi « rappeler la France à elle-même » et « ce qui nous constitue » en tant que peuple.

Résumons. D’un côté, la promesse de réformer le droit du sol, au mépris de l’unité et de l’indivisibilité de la République. De l’autre, le souhait de redire ce qui fait l’âme de la France, tout en louant l’apport des étrangers à la nation. Entre ces deux injonctions contradictoires, où se situe la ligne du macronisme ? Une chose est sûre, relève le député Renaissance Gilles Le Gendre, « cela risque de donner le tournis aux Français ».

Le macronisme s’est construit sur la décomposition politique et l’essoufflement des vieux partis, devenus les acteurs pantelants d’un théâtre d’ombres. En prônant le dépassement et l’abandon des logiques partisanes, il visait à une plus grande efficacité au service d’un intérêt général supposé. Mais ce brouillage des catégories politiques, ces emprunts rhétoriques à droite comme à gauche, voire de plus en plus souvent à l’extrême droite, en fonction des intérêts du moment, ont alimenté la dépolitisation et, finalement, la confusion.

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