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La mort d’Abilio Diniz, flamboyant patron de la distribution brésilienne

Abilio Diniz, lors de l’introduction en Bourse d’Atacadao SA, l’unité brésilienne de Carrefour, à Sao Paulo, le 20 juillet 2017.

« Il y a trois choses que je déteste : les oignons, la sonnerie du réveil et dire au revoir », avait confié au Monde Abilio Diniz, le célèbre chef d’entreprise brésilien, il y a une dizaine d’années, lors d’une interview, chez lui, à Sao Paulo. C’est finalement un adieu qui s’est imposé à lui, dimanche 18 février. Cette figure du secteur de la grande distribution, ancien associé de Casino et deuxième actionnaire de Carrefour, est décédé à l’âge de 87 ans dans un hôpital de sa ville, où il était soigné pour une insuffisance respiratoire.

Abilio Diniz est né le 28 décembre 1936 à Sao Paulo. Son père, après avoir quitté le Portugal, ouvre au lendemain de la seconde guerre mondiale une pâtisserie dans un quartier populaire de Sao Paulo, grâce à ses économies et aux gains d’un billet de loterie acheté par sa femme. Le nom de la boutique : Pao de Açucar (Pain de sucre), du nom du célèbre monolithe granitique qui domine la baie de Rio de Janeiro.

« A l’époque, j’étais petit, grassouillet, maladroit et totalement inexpressif », raconte Abilio Diniz. Souffre-douleur des enfants du quartier, lassé de se faire rosser, il s’inscrit à des cours d’arts martiaux. « C’est à cette époque que j’ai pris une décision : je ne me ferai plus jamais battre par personne. Plus jamais je ne redouterai les menaces. » Il gagnera ainsi le respect des autres à la force de ses poings et grâce à ses talents de gardien de but au football, une passion qui ne le quittera jamais.

Play-boy influent

Sa revanche sur cette enfance compliquée, il veut la prendre en devenant un « intellectuel », comme il dit, et songe à passer un diplôme d’économie aux Etats-Unis. Finalement, il reste au Brésil et étudie l’administration des affaires à la prestigieuse Fondation Getulio Vargas. A la fin des années 1950, l’affaire familiale commence à prospérer. Son père a compris que l’avenir du commerce passerait par les grandes surfaces et le libre-service. Il ouvre un premier supermarché, un deuxième, puis un troisième. Le Groupe Pao de Açucar est né. Le destin d’Abilio Diniz s’impose à lui : il sera commerçant.

Même si c’est celui qui s’implique le plus dans l’entreprise familiale, il doit partager le pouvoir avec ses frères, ce qu’il a du mal à comprendre et à accepter. Orgueilleux, il prend ses distances en siégeant au Conseil monétaire national, à partir de 1979, sous la présidence de Joao Figueiredo, jusqu’en 1989.

Ses responsabilités, sa fortune amassée grâce à Pao de Açucar, ses exploits de champion automobile et de motonautisme en font alors une icône, une sorte de Gianni Agnelli brésilien, play-boy influent aussi bien dans la politique que dans les affaires. Une réussite, qui s’exhibe dans les magazines et à la télévision brésilienne. Abilio Diniz est au sommet de sa gloire sans se douter qu’il est à deux doigts de tout perdre : l’entreprise familiale et la vie.

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