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« La population de Gaza est polytraumatisée mentalement. Elle vit dans une espèce de terreur permanente »

Des enfants palestiniens attendent une distribution de nourriture, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 20 février.

Pascal Hundt, chef de mission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la bande de Gaza, revient sur la situation humanitaire apocalyptique dans l’enclave alors qu’Israël menace de lancer une offensive militaire sur Rafah, ville aux portes de l’Egypte, où s’entassent 1,3 million de déplacés. Le ministère de la santé local annonce la mort de plus de 29 000 Gazaouis, depuis le 7 octobre 2023.

Le Programme alimentaire mondial a annoncé, mardi 20 février, « mettre en pause » la distribution de l’aide dans le nord de la bande de Gaza, faute de pouvoir assurer la sécurité des convois. Le CICR arrive-t-il aujourd’hui à faire parvenir de l’aide dans cette zone ?

Non. Nous avons déjà eu deux incidents de sécurité, les Nations unies aussi, quatorze volontaires du Croissant-Rouge palestinien ont été tués. On constate tous que les garanties de sécurité qu’on obtient ne sont pas suffisantes ; cela devient de plus en plus compliqué pour les humanitaires de travailler. Ces derniers temps, les routes étaient impraticables. Il y a encore des combats. Le CICR ne fournit pas d’assistance alimentaire – or, c’est de cela que les gens ont le plus besoin aujourd’hui dans le Nord.

Il faudrait une aide absolument massive sur l’ensemble de la bande de Gaza : sans cela, des foules nerveuses, affamées, vont continuer de piller des convois. On a discuté avec des pères, des mères de famille, qui pleuraient parce qu’ils voyaient des camions passer et qu’ils n’avaient plus rien à donner à manger à leurs enfants. Il n’y a même pas deux cents camions qui passent quotidiennement à Rafah [point de passage entre l’Egypte et la bande de Gaza] : cela fait un camion pour dix mille personnes. C’est comme faire vivre une petite ville avec un seul semi-remorque par jour.

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Le ministre israélien Benny Gantz a annoncé une offensive sur Rafah si les otages détenus à Gaza ne sont pas libérés d’ici au début du ramadan, autour du 10 mars. Comment le CICR se prépare-t-il à une telle éventualité ?

Les superlatifs manquent : nous sommes horrifiés. Quand il y a eu des bombardements sur Rafah, le 12 février, en moins d’une heure, il y a eu entre cinquante et soixante-dix morts. Une opération militaire de grande ampleur y serait un désastre absolu. Il y a des discussions autour d’un énième déplacement de population. Si les gens partent, ils doivent avoir un endroit où se sentir en sécurité – cela n’existe pas aujourd’hui dans la bande de Gaza. Ensuite, il faudrait qu’ils aient de l’eau, de la nourriture, accès aux soins. Le système de santé s’est effondré dans la bande de Gaza. A Rafah, il reste encore un ou deux hôpitaux qui fonctionnent.

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