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En Ile-de-France, la chute de la production HLM suscite une mobilisation inédite

A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 7 février 2024.

« C’est un désastre », lâche Damien Vanoverschelde, le président de l’Aorif, qui rassemble les organismes de logement social d’Ile-de-France. Cet homme aux propos mesurés n’a pas d’autres mots pour qualifier l’effondrement de la production HLM dans la région-capitale et la difficulté de la relancer.

« Le besoin est énorme : fin décembre [2023], il y avait 836 000 demandes de logements sociaux, soit deux fois plus qu’en 2010. La région compte 1,3 million de personnes mal logées ou sans domicile. Pourtant, la production chute », se désole la directrice de l’Aorif, Anne-Katrin Le Doeuff. Seulement 18 500 logements sociaux y ont été agréés en 2023, soit le nombre le plus bas enregistré ces seize dernières années, loin du record des 36 000 agréments établi en 2016. « Et cela aurait été bien pire si l’Etat n’avait pas assoupli ses règles de financement dans les dernières semaines », précise-t-elle.

Comment expliquer cette baisse de 15 % en un an ? Au niveau national, les organismes HLM ont dû renoncer à une partie de leurs revenus locatifs depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, afin de compenser la baisse des APL versés par l’Etat. Ils sont aussi confrontés à la hausse de leurs intérêts d’emprunt (qui découle de la hausse des taux du Livret A), au renchérissement des coûts de construction…

Nouveaux obstacles

S’y ajoutent des difficultés spécifiques : « Les terrains coûtent particulièrement cher en Ile-de-France, on subit la concurrence du logement locatif intermédiaire [destiné aux classes moyennes] qui est plus facile à financer, et il y a un tel éparpillement de la gouvernance qu’on manque de cohérence et d’outils à la bonne échelle pour agir efficacement », décrypte Mme Le Doeuff.

Le changement d’attitude de l’Etat, début 2023, a encore compliqué l’équation : plutôt que de fixer des objectifs de financement de logements sociaux ambitieux, afin de répondre aux besoins, il les a diminués de presque 20 %, en invoquant la baisse des réalisations des années précédentes. Cela a incité l’Aorif à publier un manifeste, le 9 mars 2023, avec la Fondation Abbé Pierre et l’Association francilienne pour favoriser l’insertion par le logement. « Nous avons obtenu que le comité régional de l’habitat et de l’hébergement d’Ile-de-France vote contre la baisse des objectifs. C’était seulement un vote consultatif, mais c’était une première », salue Damien Vanoverschelde.

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Les bailleurs franciliens se sont ensuite appliqués à trouver des solutions : ils ont transmis au préfet et au gouvernement vingt propositions concrètes, visant à leur faciliter l’accès au foncier, à soutenir leur modèle économique, à convaincre les maires de se lancer. « Une grande partie de ces mesures ne nécessitent pas de modifier la loi », assure le président de l’Aorif. Il n’a, depuis, obtenu aucun retour.

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