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Les humains fabriquaient déjà des cordes il y a 35 000 ans

La culture matérielle de nos ancêtres du paléolithique n’a guère résisté au temps. Leur artisanat – vêtements, ustensiles de cuisine, vannerie… – nous échappe en grande partie. Il n’y a guère que des pierres taillées, des os ou encore de l’ivoire gravé qui témoignent de leurs activités quotidiennes. L’analyse d’un énigmatique « bâton percé » vieux de 35 000 ans, découvert en 2015 dans une grotte allemande, offre un rare exemple permettant d’éclairer les conditions de manufacture d’un objet essentiel à la vie des chasseurs-cueilleurs : la corde.

« Hormis des impressions laissées sur des objets artistiques, on dispose de très peu de données sur les cordages, car cela ne se conserve pas », note Veerle Rots (université de Liège, Belgique). Avec Nicholas Conard (université de Tubingen, Allemagne), elle décrit, dans Science Advances du 31 janvier, ce « bâton », qui est en fait un fragment d’ivoire de mammouth. Les trous coniques percés dans celui-ci, assortis de fines incisions, auraient servi à constituer des cordes d’un diamètre régulier à partir de trois ou quatre filins tressés de fibres végétales.

« Pour des cordes fines, on n’a pas vraiment besoin d’outils », explique Veerle Rots : il suffit d’enrouler sous sa paume des fibres en les pressant sur ses cuisses, et de les retourner par le milieu pour qu’elles s’entortillent en un toron plus épais. Mais pour accrocher des tentes, transporter des charges lourdes, fixer des filets pour piéger animaux et poissons, il faut des cordes plus massives.

Adepte de l’archéologie expérimentale

C’est là qu’entre en scène le bâton d’Hohle Fels, une grotte qui surplombe la vallée de l’Ach, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Il a été retrouvé cassé en quinze morceaux, mais quand le puzzle a été assemblé, trois trous intacts sont apparus, et un quatrième partiellement cassé. « Il existe des objets plus récents en bois de cerf qui ont juste un trou. Celui-ci est très particulier, avec ses quatre trous dont chacun présente six indentations en spirale faites très soigneusement », décrit Veerle Rots.

Il a d’abord été interprété comme un objet artistique, mais la chercheuse et son collègue ont rapidement fait le lien avec un autre bâton percé retrouvé en 1983 dans la grotte de Geissenklösterle, deux kilomètres en aval de celle de Hohle Fels, daté d’environ 40 000 ans. S’il ne conservait pas les incisions en spirale sur ses quatre trous, la même « signature » était présente sur d’autres bâtons datant eux aussi de l’aurignacien découverts dans la région, en 1931.

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