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On ne peut continuer « à financer d’un côté du pouvoir d’achat carboné pour limiter les effets sociaux de la transition, et de l’autre des mesures de décarbonation »

Si le thème d’une transition juste s’est imposé dans l’arène publique après la crise des « gilets jaunes », la conception d’une action publique qui traiterait ensemble les questions sociales et climatiques n’apparaît toutefois pas encore mûre. Préemptée par les enjeux, évidemment essentiels, de la fiscalité carbone et des aides aux ménages pour la voiture électrique ou la rénovation thermique (MaPrimeRénov’), la question sociale dans la transition passe en effet à côté de l’éléphant dans la pièce : la Sécurité sociale, qui, par ses prestations et ses services, représente le premier vecteur de redistribution.

Avec plus de 3 milliards d’euros par an, MaPrimeRénov’ embarque certes les politiques de lutte contre la pauvreté et pour le logement dans la transition climatique. Et même substantiellement, puisqu’elle représente une part importante des 50 milliards annuels de budget cumulé de ces deux politiques. Mais quid du « cœur du réacteur » de notre Etat-providence constitué par la Sécurité sociale, qui pèse quinze fois plus (un tiers du produit intérieur brut français) ?

Faut-il le rappeler, c’est la Sécurité sociale qui construit la République sociale au sortir de la guerre et s’édifie lentement dans tous les pays occidentaux jusqu’à mettre en lumière ces risques qui nous paraissent aujourd’hui banalement couverts – retraite, santé, famille, autonomie. Il est d’autant plus urgent de s’en soucier pour la transition que la santé et l’autonomie représentent à eux seuls 8 % de l’empreinte carbone de la France. Comment augmenter de quelques milliards le financement de ces risques pour répondre aux enjeux du vieillissement, tout en décarbonant ces secteurs ?

Il serait peu réaliste d’espérer y parvenir tout en finançant par ailleurs les 20 milliards d’euros d’investissements publics pour le climat annuels nécessaires pour atteindre d’ici à 2030 les objectifs des accords de Paris sans innover à travers des actions faisant « coup double ». Sinon, nous continuerons à financer d’un côté du pouvoir d’achat carboné pour limiter les effets sociaux de la transition – comme, par exemple, le chèque énergie –, de l’autre des mesures de décarbonation.

Décarboner le milliard de repas

Voici quelques exemples, non exhaustifs, de ce type d’actions « coup double ».

La planification écologique de la « cinquième branche » de la Sécurité sociale pour l’autonomie, actuellement impulsée, prévoit de diminuer les émissions de CO2 de 9 millions de tonnes d’ici à 2050. Pour y arriver, il faudra décarboner le milliard de repas consommés annuellement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad) et dans les établissements accompagnant les personnes en situation de handicap, avec à la clé un double enjeu :

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