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Dans les Hautes-Alpes, une famille de dameurs, travailleurs de l’ombre sur les pistes enneigées depuis soixante ans

Stationné en bas des pistes, Gérard Giraud-Marcellin attend le signal pour démarrer sa dameuse. Deux pisteurs descendent la montagne pour rejoindre la station d’Orcières Merlette, dans les Hautes-Alpes. Ils ralentissent à son niveau et lui confirment d’un geste que les derniers skieurs sont passés. Il est 17 heures en ce début du mois de février et c’est au tour des huit dameuses de prendre possession du domaine skiable.

A 62 ans, Gérard, surnommé « Gardon » par les gens du coin, connaît le terrain comme sa poche. Lui et son frère cadet, Serge, 60 ans, ont grandi dans la poudreuse et n’ont jamais envisagé de quitter leurs montagnes. Après une petite dizaine d’hivers passés au damage, Serge a choisi en 1991 de se spécialiser dans la réparation des véhicules dont les chenilles tassent la neige pour améliorer la qualité des pistes. Leur père, Jean, fut le premier dameur de la station en 1965 et leur a transmis le goût pour ces engins.

La troisième génération a, elle aussi, été initiée au métier. Après quelques saisons de damage, Cyril, 26 ans, le fils de Serge, a choisi de rester au garage avec son père, pendant que Manon, une des filles de Gérard, alterne désormais entre professeur de ski l’hiver, paysagiste le printemps et conductrice de moissonneuse l’été.

Une économie qui repose sur le tourisme hivernal

Biberonnée aux sports de glisse, la famille Giraud-Marcellin a vu en soixante ans la pratique du ski changer, les skieurs devenir de plus en plus exigeants, les machines se moderniser, la neige se faire moins abondante et les températures varier de plus en plus brutalement d’une nuit à l’autre. Ici plus encore qu’ailleurs, les effets du réchauffement climatique sont perceptibles.

Jean Giraud-Marcellin, 90 ans, premier dameur de la station d’Orcières Merlette (Hautes-Alpes), en 1965. A droite, une ancienne dameuse restaurée par Serge. Ici, le 6 février 2024.
Vue de la station de ski d’Orcières Merlette (Hautes-Alpes), située à 1 850 mètres d’altitude, le 6 février 2024.

Les données relevées dans les Alpes et les Pyrénées par le satellite Terra de la NASA sont sans équivoque : la surface couverte par la neige est parmi les plus faibles des dernières décennies. Pourtant, les dameurs n’arrivent pas encore à imaginer la montagne sans neige. De fait, l’enjeu est de taille pour les habitants d’Orcières, dont le maintien sur ce territoire situé à 1 850 mètres d’altitude repose sur l’économie du tourisme hivernal.

Avant le développement des vacances à la neige, le travail se faisait rare. Ces années-là sont toujours dans les esprits des familles du canton. Jean est d’ailleurs de ceux qui ont été forcés de quitter la commune pour chercher un emploi. En 1949, il part de son village natal pour reprendre une ferme à Chorges avec ses parents. Quand le maire d’Orcières, Camille Ricou, lui demande de revenir pour participer à la création de la station en 1962, il n’hésite pas une seconde. Entre les terrassements, « qui se faisaient à la pioche et à la pelle à l’époque », la menuiserie, le bricolage et le sport d’hiver, il y avait du travail pour tout le monde, raconte le retraité âgé de 90 ans.

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