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Derrière la fermeté du RN sur l’immigration, dix ans de contradictions au Parlement européen

Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex et nouvelle recrue du RN, lors d’un déplacement à la frontière franco-italienne, à Menton (Alpes-Maritimes), le 19 février 2024.

Rarement dans son histoire le Rassemblement national (RN) a su attirer des CV aussi fournis que celui de Fabrice Leggeri, 55 ans. Normalien, énarque, haut fonctionnaire au ministère de l’intérieur et ancien directeur de Frontex, l’agence européenne de gardes-côtes et de gardes-frontières (de 2015 à 2022) : l’Alsacien, propulsé en troisième place de la liste de Jordan Bardella aux élections européennes, fait la fierté du parti d’extrême droite.

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Surtout quand il se pose en témoin privilégié d’une Union européenne (UE) obnubilée par son « projet » d’organiser sa propre « submersion migratoire ». « Je peux témoigner que les outils comme Frontex (…) ont été dévoyés par la Commission [européenne] pour devenir une espèce de super-ONG », a-t-il déclaré, lundi 19 février, lors de son premier déplacement d’homme politique.

Au-delà de l’attractivité inédite du RN, le recrutement de Fabrice Leggeri témoigne surtout des contradictions majeures du mouvement et de ses dirigeants en matière de politique migratoire – un sujet sur lequel ils convoquent des « états généraux », le 26 mars. Jordan Bardella et Marine Le Pen ont beau, à l’unisson de leur nouveau partenaire, se poser en « lanceurs d’alerte » sur le manque de volonté de Bruxelles de protéger les frontières extérieures de l’UE, leur parti s’est opposé frontalement, au cours de la dernière décennie, à chaque tentative de renforcement des moyens de Frontex.

« Supplétif des passeurs »

Contrairement à ce que ses élus ont parfois soutenu au fil de leurs contorsions médiatiques, le Front national (FN) a toujours dénoncé l’existence même de cette agence, refusant par principe toute initiative communautaire susceptible d’entraver la souveraineté absolue des Etats sur leurs frontières. En février 2015, l’eurodéputé Jean-François Jalkh réclamait au Parlement européen rien de moins que « la suppression de Frontex », décrite en « supplétif des passeurs ». « L’immigration incontrôlée est une conséquence de l’Union [européenne], et seuls les Etats-nations ont les capacités pour répondre à ces problématiques », cinglait celui qui occupait alors la vice-présidence du parti.

En 2015, Fabrice Leggeri est nommé à la tête de Frontex lors d’une année marquée par la multiplication des drames en Méditerranée et l’afflux de réfugiés aux portes de l’Europe. L’UE décide alors de la création d’un véritable corps de gardes-frontières et gardes-côtes européens, aux moyens démultipliés, pour assurer une gestion partagée des frontières extérieures.

La réforme sera entérinée malgré la désapprobation du FN, vent debout contre toute coopération communautaire dans le domaine migratoire, même assortie de recrutements massifs et d’un partage entre Etats d’informations susceptibles de protéger l’entrée dans l’espace Schengen. Une « mise sous tutelle » des pays situés à la frontière de l’UE, pour le député européen Bruno Gollnisch, qui n’y voit que l’exercice du « droit d’ingérence cher aux mondialistes ».

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