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Entrée des époux Manouchian au Panthéon : "La France reconnaissante vous accueille"

Le résistant d’origine arménienne Missak Manouchian et son épouse Mélinée, accompagnés par 23 compagnons d’armes, sont entrés mercredi au Panthéon, un hommage ultime pour ces combattants de l’ombre longtemps oubliés.

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« Missak Manouchian, vous entrez ici toujours ivre de vos rêves, l’Arménie délivrée du chagrin, l’Europe fraternelle, l’idéal communiste, la justice, la dignité, l’humanité. Rêve français, rêve universel. Missak Manouchian, vous entrez ici avec Mélinée en poète de l’amour heureux ». C’est par ces mots que le président Emmanuel Macron a rendu hommage au résistant arménien Missak Manouchian pour son entrée au Panthéon, mercredi 21 février.

Accompagnée par son épouse Mélinée, elle aussi résistante, cet ouvrier, poète, militant communiste, exécuté par les nazis, il y a 80 ans jour pour jour au Mont-Valérien, a rejoint le temple républicain. « Missak, vous entrez ici en soldat », a insisté le chef de l’État, rappelant le souhait du résistant d’être considéré comme un membre de l’armée française ayant œuvré pour la Libération de son pays de cœur.



« L’ordre de la nuit est désormais complet »

Né en 1906 dans l’Empire ottoman, Missak Manouchian est le premier résistant étranger à accéder au Panthéon. Symboliquement, ses 23 compagnons d’armes des Francs-tireurs partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), y ont aussi fait leur entrée par l’inscription de leur nom à l’intérieur du monument sur une plaque dans le caveau n° 13. Parmi les combattants fusillés en même temps que Missak Manouchian, la plupart étaient eux aussi étrangers (Polonais, Hongrois, Italiens, Espagnols, Roumains).

« Parce qu’ils sont chassés de la surface du monde, ils ont décidé de se battre pour le sol de la patrie, parce que nombre d’entre eux sont juifs, et que certains ont vu leurs proches déportés », a ainsi décrit Emmanuel Macron au cours de son discours, rendant hommage à « tout le cortège des FTP-MOI, trop longtemps confinés dans l’oubli ». « La France de 2024 se devait d’honorer ceux qui furent 24 fois la France », a-t-il ajouté, avant de déclarer que « l’ordre de la nuit est désormais complet ».

Ces entrées s’ajoutent en effet à celles récentes d’autres résistants de la Seconde Guerre mondiale comme Jean Moulin, Pierre Brossolette, Jean Zay, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz de Gaulle et Joséphine Baker. Mais jusqu’à présent, aucun résistant communiste n’avait été honoré.

Une affiche « qui ne fortifia que l’amour »

Missak Manouchian et ses camarades sont entrés dans la légende grâce à l’affiche de propagande créée par l’occupant et connue sous le nom d' »Affiche rouge ». Destinée à faire peur à la population en montrant des résistants étrangers à l’air hagard et hirsutes et présentés comme « l’armée du crime », cette affiche les a au contraire transformé en héros. Une « affiche qui voulait exciter les peurs et qui ne fortifia que l’amour », a résumé Emmanuel Macron.

Ce document inspira Aragon qui en fit un poème en 1955, puis le chanteur Léo Ferré qui en tira une chanson intitulé « L’Affiche rouge » en 1961. Juste avant que les cercueils de Missak et Mélinée Manouchian ne franchissent les portes du Panthéon, ce morceau a été interprété par le groupe de rock Feu ! Chatterton.

Un portrait de Missak Manouchian projeté sur le Panthéon lors d'une cérémonie officielle pour son entrée et celle de son épouse Mélanie au mausolée, le 21 février 2024 à Paris

Un portrait de Missak Manouchian projeté sur le Panthéon lors d’une cérémonie officielle pour son entrée et celle de son épouse Mélanie au mausolée, le 21 février 2024 à Paris © Ludovic MARIN / AFP

La cérémonie a aussi été ponctuée par de nombreux flash-back en images et chansons illustrant la vie du résistant arménien. Le chanteur Patrick Bruel a également lu l’émouvante dernière lettre de Missak Manouchian à sa femme, écrite quelques heures avant son exécution.

Emmanuel Macron a ainsi signé sa quatrième panthéonisation après celles de l’écrivain Maurice Genevoix, de Simone Veil et de la star du music-hall Joséphine Baker. Il a aussi annoncé celle de Robert Badinter, mort le 9 février.

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Avec AFP et Reuters

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