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Exposition : ces objets trouvés « Dans la Seine » qui racontent Paris

Il n’y avait pas meilleur endroit pour une exposition consacrée aux objets trouvés dans la Seine de la préhistoire à nos jours – par des archéologues ou par le fait du hasard – que la Crypte archéologique de l’île de la Cité, à Paris. D’une part, bien sûr, en raison de son emplacement au beau milieu du fleuve, et, d’autre part, parce que ce musée souterrain méconnu est lui-même un site archéologique. Mis au jour dans les années 1960 à l’occasion du creusement d’un parking s’y superposent et s’y entrecoupent les époques, des quais de la Lutèce antique jusqu’aux égouts du XIXe siècle.

Plan de Paris de Truschet et Hoyau, dit « plan de Bâle », publié au milieu du XVIᵉ siècle.

Le parti pris de la commissaire scientifique de l’exposition, Sylvie Robin, par ailleurs conservatrice en chef du patrimoine au Musée Carnavalet, est original : « S’interroger sur ce qu’on a trouvé dans la Seine et sur ses berges, montrer des objets documentés par la fouille archéologique et des objets collectés dans le lit du fleuve mais dont on ne connaît pas l’histoire : une source scientifique et une autre totalement aléatoire. » Dans le premier cas, la recherche trace le chemin ; dans le second, l’imagination projette une histoire…

A gauche, statuette de Mercure portant une bourse, symbole de prospérité, alliage cuivreux, époque gallo-romaine. A droite, statuette d’Apollon trouvée dans le lit de la Seine, alliage cuivreux, époque gallo-romaine.

Le récit commence bien avant Lutèce puisqu’une part belle est faite à la préhistoire, par exemple aux restes de ce campement néandertalien mis au jour en 2021 au bord d’un ancien lit de la Seine sur le site de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Nos lointains cousins ont un jour fait halte là, pour tailler quelques silex qui ont probablement servi à débiter la carcasse d’un animal. On nous rappelle d’ailleurs plus loin que des mammouths ont régulièrement fréquenté l’Ile-de-France au paléolithique.

Enseigne de pèlerinage à l’effigie de Saint-Christophe portant Jésus (XIIIᵉ-XVIᵉ siècle).
Tête de statue en marbre, XXᵉ siècle.

Un fleuve sauvage comme la Loire

Tout le reste de l’exposition, consacré aux périodes historiques, rappelle le lien indéfectible entre Paris et le cours d’eau qui la traverse. Il faut oublier l’image classique de la Seine, d’un fleuve domestiqué sagement parqué entre ses quais. Imaginez un fleuve sauvage comme la Loire. Sylvie Robin rappelle que « la Seine est peu profonde : elle n’était navigable que six mois par an. En été, on pouvait traverser à pied le petit bras de la Seine », entre l’île de la Cité et la rive gauche, ce qui faisait le bonheur des « ravageurs », ces chiffonniers qui récupéraient dans la vase les objets métalliques.

Beaucoup sont exposés : statuettes d’Apollon ou de Mercure, dieu de ce commerce fluvial qui a fait la richesse de la ville, ex-voto lancés dans l’eau près de Notre-Dame pour remercier Dieu ou s’attirer ses grâces, armes en tout genre, enseignes en plomb religieuses ou profanes (comme cet insigne des poissonniers d’eau douce représentant un sexe féminin), des bagues aussi, peut-être jetées par dépit amoureux – qui sait ? Mais, dans ce charmant bric-à-brac sur lequel l’imagination caracole, on ne trouve pas les Vélib’ que l’on s’attend à voir : « Il y en a assez abandonnés dans les rues, explique Sylvie Robin. Je ne voulais pas terminer sur une image de la Seine-poubelle… »

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