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« La transition écologique est mal partie »

Jeudi 15 février, trois des plus grands gestionnaires d’actifs financiers du monde, JP Morgan, State Street et BlackRock, ont annoncé quitter l’organisation Climate Action 100 +, qui milite pour la prise en compte des objectifs climatiques par les entreprises. Dans le même temps, de plus en plus d’industriels, de la chimie à l’automobile, contestent ouvertement les normes environnementales dont ils font l’objet. Et depuis un mois, ce sont les agriculteurs de toute l’Europe qui sortent les tracteurs. Décidément, la transition écologique est mal partie. Le mauvais vent venu des Etats-Unis déferle sur l’Europe.

Avec la révolte paysanne, un nouveau palier est atteint, puisque celle-ci emporte l’adhésion d’une majorité de la population. Or, l’idée même de transition résulte d’un compromis politique, durement négocié dans le cas européen, qui consiste à faire passer progressivement notre économie et notre société d’un état actuel, jugé insatisfaisant, voire dangereux, vers un autre, plus stable et plus respectueux de la planète. Ce processus s’accompagne à la fois d’incitations à modifier les comportements et d’aides aux victimes de ces changements. C’est notamment l’ambition des nouvelles politiques agricoles européennes et nationales, qui combinent des aides financières avec des engagements en matière de biodiversité et de réduction de l’usage des produits chimiques.

Comme toutes les politiques négociées et qui conditionnent les aides à des pratiques, elles s’accompagnent de réglementations et de normes. Aujourd’hui, elles agrègent les mécontentements des agriculteurs, riches céréaliers du Nord comme pauvres éleveurs bovins du Sud. Autrement dit, les gagnants du productivisme – les exportations agroalimentaires ont largement profité de l’ouverture au libre-échange – et les perdants de cette course à la compétitivité, confrontés au risque de leur disparition, qui rêvent de protectionnisme et de prix bloqués. Comment tenir les deux fils de cette bobine qui mêle économie, histoire, culture, climat et mythologie ? D’abord en reconnaissant que, sans consensus social, la transition sera vaine. Immense chantier politique.

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