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Patrick Artus : « Comment corriger les handicaps de la zone euro »

La zone euro souffre de handicaps structurels multiples, en particulier l’absence de ressources en matières premières, la faiblesse du niveau d’éducation et de compétences, et l’insuffisance des investissements en nouvelles technologies et en recherche et développement (R&D).

L’absence de ressources en matières premières se traduit par un fort déficit de la balance commerciale en énergie – 2,2 points de produit intérieur brut (PIB) à la fin de 2023 – et en minerais et métaux – autour de 0,2 point de PIB – et, par conséquent, un problème de compétitivité. Le prix de l’énergie en Europe (autour de 30 euros le mégawattheure) est près de quatre fois plus élevé qu’aux Etats-Unis, ce qui incite les entreprises à délocaliser vers des pays où les produits de base sont abondants et l’énergie moins chère, par exemple les Etats-Unis.

Le deuxième handicap structurel est la faible performance du système d’éducation et de formation professionnelle. La dernière enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA, 2022) de l’OCDE montre un écart très important de score global (mathématiques, lecture, sciences) entre le Japon (533 points), la Corée du Sud (523) ou même le Royaume-Uni (494) et la zone euro (481). Il en est de même pour les scores à l’enquête du Programme international d’évaluation des compétences des adultes (PIAAC).

Or, un score PISA et un score PIAAC élevés sont associés, lorsqu’on compare les pays de l’OCDE, à un taux d’emploi élevé et à des gains rapides de productivité. Le taux d’emploi est plus faible dans la zone euro (67,2 %) qu’au Japon (79 %), en Suède (78 %) ou au Royaume-Uni (76 %), et les gains de productivité y sont plus faibles (+ 5 % de 2010 à 2023) que, par exemple, aux Etats-Unis (+ 20 % de 2010 à 2023).

Corrélation négative

Le troisième handicap structurel de la zone euro est la faiblesse de l’investissement en nouvelles technologies et des dépenses de R&D. En 2022, le taux d’investissement en nouvelles technologies rapporté au PIB était de 3,7 % aux Etats-Unis contre 2,7 % dans la zone euro, celui des dépenses de R&D de 3,5 % aux Etats-Unis et de 2,3 % dans la zone euro. Ces deux écarts entre les Etats-Unis et la zone euro expliquent au moins 0,5 point d’écart de gains de productivité entre les premiers et la seconde, et la très faible progression de la productivité manufacturière de la zone euro (9 % en vingt ans, entre 2002 et 2023, contre 71,6 % aux Etats-Unis).

On pourrait ajouter à cette liste la démographie : la population en âge de travailler (de 15 ans à 64 ans) progressera de 0,15 % par an aux Etats-Unis entre 2024 et 2030, alors qu’elle reculera de 0,62 % par an dans la zone euro. Or, il existe une corrélation négative entre l’évolution de l’âge moyen de la population en âge de travailler et les gains de productivité : le vieillissement de la population en âge de travailler, avec le recul du nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail, contribue aussi au déclin des gains de productivité.

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