Close

Agriculture : un débat impossible et pourtant indispensable

Evénement à la fois médiatique et populaire, il était inévitable que le Salon international de l’agriculture, qui a ouvert ses portes le 24 février, serve de caisse de résonance au mouvement de protestation des agriculteurs qui secoue depuis plusieurs semaines la France et nombre de ses voisins européens. L’hostilité à l’égard du président de la République y a cependant atteint un niveau jusqu’à présent inégalé dans ce genre de manifestation. Emmanuel Macron a déambulé toute la journée derrière un cordon de sécurité massif, essuyant les sifflets et les insultes de centaines d’agriculteurs, à la fois ulcérés par sa présence et demandeurs d’actes concrets pour garantir leur survie.

Alors que son gouvernement tente depuis des semaines de répondre au malaise agricole en négociant prioritairement avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA), l’Elysée a présumé de ses forces en jugeant que l’organisation, au salon, d’un débat public associant des représentants du monde agricole, de la grande distribution et de la mouvance écologiste permettrait un meilleur partage des contraintes.

Risquée, l’initiative a viré au fiasco lorsque le nom du collectif radical des Soulèvements de la Terre, que le gouvernement avait voulu dissoudre sans y parvenir, a été évoqué à l’Elysée parmi les possibles participants. Il a provoqué le boycottage de l’événement par la FNSEA et les JA, même si le président est tout de même parvenu à improviser un dialogue avec des responsables agricoles, au cours duquel il a avancé de nouvelles concessions.

A moins d’un an des élections aux chambres d’agriculture et à quatre mois du scrutin européen, les syndicats agricoles, divisés et poussés par leur base, font monter les enchères. Ils disposent du soutien massif de l’opinion publique, sans que cette dernière s’interroge cependant sur les conséquences de leurs revendications en termes de pouvoir d’achat et de santé publique.

Sortir de l’impasse

Outre la reconnaissance de leur souffrance, les agriculteurs ont obtenu beaucoup en moins de trente jours : l’allègement des normes environnementales, la remise en cause d’un indicateur de lutte contre les pesticides, l’assouplissement des jachères, l’ébauche de prix planchers par filière, la remise sur le métier de la loi EGalim, des mesures de trésorerie, l’inscription dans la loi que l’agriculture et l’alimentation sont « un intérêt général majeur de la nation française ».

Mises bout à bout, ces concessions remettent en cause les engagements liés à la transition écologique, pris au niveau national et européen mais difficiles à mettre en œuvre, comme naguère la taxe carbone. Déclinées par une kyrielle d’administrations pas toujours coordonnées entre elles, certaines réglementations ont fini par susciter une levée de boucliers dans les exploitations les plus fragiles ou les plus mal préparées à une évolution structurelle, sur fond de guerre de tranchées entre le monde agricole et les mouvements écologistes les plus radicaux.

Cette situation mène à une impasse. Elle impose de repenser collectivement la façon dont doit être assurée la transition écologique, de redéfinir clairement les objectifs que l’on assigne à l’agriculture française, sans éluder la responsabilité des distributeurs et des consommateurs dans la course aux prix les plus bas. Les enjeux sont si importants que tôt ou tard un débat national impliquant toutes les parties devra finir par s’imposer. Mais il faudrait d’abord que les esprits s’apaisent.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés L’agriculture biologique, en crise, attend un soutien fort de l’Etat

Le Monde

Réutiliser ce contenu

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top