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Ces virus qui ont colonisé notre génome : amis ou ennemis ?

« Constructal 4 », photo imprimée sur coton et brodée à la main, 2015. Les portraits brodés de l’artiste chilienne Juana Gómez mêlent l’observation de la nature et de ses processus à la tradition ancestrale. Elle place l’humanité dans une chaîne ancienne qui remonte à l’origine de la vie.

C’est une fable un peu folle comme seule l’évolution, dans sa fantaisie aveugle, sait en forger. Une fable bien réelle, qui relate les unions forcées, jadis, entre des créatures virales – ou apparentées – et leurs hôtes animaux. En des temps immémoriaux, leurs génomes se marièrent. Leurs molécules d’ADN s’entremêlèrent, furent transmises à la descendance de ces animaux. Bon gré mal gré, elles évoluèrent ensemble et apprirent à cohabiter, au fil de dizaines, voire de centaines de milliers de millénaires.

Le temps, en somme, de s’apprivoiser et de tirer des bénéfices mutuels de cette noce baroque. Non sans quelques frictions. Car il arrive que cette alliance déraille encore, dans nos cellules humaines, participant à la genèse de maladies aussi diverses que des cancers ou des hémophilies, des affections neurodégénératives ou des stérilités.

« Nous ne voyons jamais qu’un seul côté des choses ; l’autre plonge en la nuit d’un mystère effrayant… », se désolait Victor Hugo (Les Contemplations, 1856). Longtemps nous n’avons voulu voir, dans notre génome, qu’un « seul côté des choses » : nos gènes. En clair, seules importaient ces séquences d’ADN qui livrent les instructions pour fabriquer nos protéines – les briques de l’architecture de nos cellules, et les rouages de leur mécanique. Mais nos quelque 20 000 gènes, mis bout à bout, ne constituent que 2 % de notre génome ! Soit une part infime du message gravé le long de cet interminable ruban.

Dès lors, une question a hanté les généticiens. D’où venait tout le reste de notre ADN, et à quoi servait-il ? Stupeur et tremblements. Plus de 60 % de notre génome est issu d’entités virales, a révélé, le 14 février, l’équipe de Didier Trono, de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse. Soit 10 % de plus qu’on ne le pensait.

De « l’ADN poubelle »

Cet « autre côté » de notre ADN nous plonge dans une odyssée aussi primordiale qu’improbable. Car sans ces entités, devenues partie intégrante de notre génome, nous ne serions pas là aujourd’hui… à retracer cette épopée archivée, depuis 3,8 milliards d’années, dans le grand livre des génomes. Une épopée aussi vieille que la vie.

Les scientifiques nomment ces créatures « éléments transposables » (E.T.), ou « transposons ». Des E.T. ? Oui, en regard de leur origine inattendue et de leur stupéfiante capacité – actuelle ou passée – à arpenter les génomes et à s’y multiplier. A force de proliférer, ces globe-trotteurs ont envahi les génomes, engendrant des myriades de copies d’eux-mêmes, capables de migrer à leur tour. D’où une accumulation de séquences d’ADN répétées… à raison, parfois, de centaines de milliers de copies ! Pour autant, seulement 1 % de cet ADN a gardé sa capacité à circuler dans notre génome ; le reste s’est sédentarisé.

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