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Nickel : « La menace à moyen terme vient d’un manque de compétitivité du site calédonien d’Eramet »

Vue générale de l’usine de nickel SLN du groupe Eramet, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 24 juillet 2023.

Rien ne va plus pour certains producteurs de nickel, essentiel à la transition énergétique et notamment aux véhicules électriques. La PDG du groupe français Eramet, Christel Bories, le dit sans fard dans un entretien au Financial Times du dimanche 25 février, trois jours après avoir publié une baisse de 85 % de son bénéfice net en 2023 (109 millions d’euros). Si celle-ci s’explique par la chute conjoncturelle des cours de ce métal, la menace à moyen terme vient d’un manque de compétitivité du site calédonien. Et au-delà.

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En concurrence avec les producteurs des pays émergents – surtout l’Indonésie, terre d’investissement de la Chine –, les entreprises du monde développé risquent d’être « balayées », prévient Mme Bories. D’autant que certaines sont aussi ébranlées par la chute du lithium. Le darwinisme économique est à l’œuvre : Glencore a mis en vente son nickel calédonien de Koniambo ; BHP, IGO ou First Quantum ont mis en sommeil des mines australiennes. A ce rythme, calcule-t-elle, Djakarta pourrait disposer dans cinq ans des trois quarts du nickel de la meilleure qualité.

« Je ne suis pas sûre qu’on trouve de nombreux gouvernements prêts à subventionner de grosses productions avec beaucoup d’argent pour concurrencer la production indonésienne », ajoute Mme Bories. En France, elle est en « pourparlers très avancés » avec le gouvernement pour sortir de son bilan 320 millions d’euros de dettes liées à Société Le Nickel, la filiale de Nouvelle-Calédonie qui l’a obligée à inscrire une lourde dépréciation d’actif. L’Etat a dû lui accorder un nouveau prêt (60 millions) pour qu’elle poursuive son activité jusqu’en avril au moins et ne dégrade pas son ratio d’endettement.

« Le monde sera riche en métaux »

Le gouvernement est au pied du mur. Il doit accompagner financièrement Eramet, qui produit aussi du manganèse au Gabon et se lance dans le lithium en Argentine. Non seulement parce que l’Etat détient 27 % de la société, mais aussi parce qu’il s’est fait le grand avocat de la « souveraineté minière », avec une certaine rigueur.

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En 2022-2023, il a suivi les recommandations du rapport de Philippe Varin, ex-président de PSA, d’Areva et de France Industrie, sur les métaux critiques (nickel, lithium, cobalt) et les aimants permanents de terres rares. Il a créé un observatoire du secteur et surtout un fonds d’investissement, doté à terme de 2 milliards d’euros de capitaux publics et privés, censé sécuriser l’approvisionnement des industries dépendantes de ces ressources. « Le monde sera sans carbone, mais riche en métaux », prédisait M. Varin. Une richesse dont la France ne doit pas se dépouiller au profit des producteurs asiatiques.

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