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Nucléaire : le chantier colossal du renouvellement des installations destinées à « recycler » les combustibles

Une partie de l’usine de retraitement d’Orano, à La Hague (Manche), le 14 décembre 2022.

La prolongation du parc nucléaire jusqu’à soixante ou quatre-vingts ans, prévue par le gouvernement, et la construction de plusieurs paires de nouveaux réacteurs d’ici à 2050 représentent des défis majeurs. Un autre chantier, tout aussi important mais moins connu, attend également la filière de l’atome : celui du renouvellement des installations destinées à retraiter les combustibles usés.

Lundi 26 février, un troisième conseil de politique nucléaire présidé par Emmanuel Macron, et tenu en toute discrétion, a acté le choix de Paris pour les prochaines décennies. A la différence de la plupart des autres Etats nucléarisés, la France continuera à retraiter et à réutiliser les combustibles servant à faire fonctionner, non seulement le parc actuel, mais aussi les futurs EPR. L’actuelle feuille de route énergétique du pays, adoptée en 2020, n’entérinait cette orientation que jusqu’en 2040. Confirmant une information des Echos, l’Elysée précise aussi que le site de La Hague (Manche), où sont implantées les usines de retraitement d’Orano, fera l’objet d’« investissements importants ».

La France est l’un des seuls pays au monde à avoir opté pour le retraitement, considérant que l’essentiel de ce qui sort des réacteurs ne sont pas des déchets, mais des matières. Après avoir été déchargés et refroidis, les assemblages de combustibles sont ainsi retraités pour séparer les matières fissiles, considérées comme des déchets ultimes (4 %), le plutonium (1 %) et l’uranium de retraitement (95 %), ces deux derniers étant considérés par l’industrie comme « valorisables ». Orano affirme que cette stratégie permet déjà d’économiser 20 % des besoins en uranium naturel et pourrait, à terme, permettre une économie de plus de 40 %.

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Cependant, ce choix est contesté. « Nous nous réengageons pour cinquante ans dans le retraitement, alors qu’il n’y a aucune perspective solide sur la capacité future du parc à réutiliser ces matières », estime Yves Marignac, membre du Groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaire. Les opposants évoquent le faible taux de recyclage réel des matières et le fait que, dans l’attente d’une réutilisation potentielle, celles-ci s’accumulent.

« Contraintes économiques et industrielles »

Fin 2020, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait appelé à requalifier une partie de l’uranium appauvri en déchet et mis en garde contre l’augmentation des stocks d’uranium de retraitement et de plutonium, une substance particulièrement sensible. Fin 2022, le stock de plutonium entreposé a dépassé pour la première fois le seuil de 100 tonnes. « La France est quasi championne du monde dans l’accumulation de plutonium civil, alors qu’elle est l’un des seuls pays à mettre en œuvre sa réutilisation », remarque M. Marignac.

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