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Logement : « Les gouvernements successifs ont empilé les lois, sans vraiment parvenir à résoudre le problème »

S’il devait rester un domaine de la politique économique française faisant à peu près consensus parmi les élus et dans l’opinion, ce devrait être la question du logement des plus précaires. D’ailleurs, malgré les critiques dont il a pu faire l’objet, le nouveau ministre du logement, Guillaume Kasbarian, s’est félicité de l’adoption à l’unanimité par le Sénat, mercredi 28 février, d’un projet de loi contre « l’habitat dégradé » offrant des outils pour soutenir les copropriétés fragiles et s’attaquer aux marchands de sommeil. Le personnel politique s’accorde au moins sur une chose : il faut une « grande loi logement » pour offrir un toit aux Français.

Mais laquelle ? Depuis l’appel lancé par l’abbé Pierre, au cœur de l’hiver 1954, les gouvernements successifs ont empilé les lois, sans vraiment parvenir à résoudre le problème. Il n’y a toujours pas assez de logements et ils sont de ce fait trop chers, que ce soit à l’achat où à la location. Il manque chaque année autour de 150 000 logements neufs pour répondre à la demande. Celle-ci a suivi les transformations de la société, notamment la multiplication des familles monoparentales et la migration des populations vers les zones littorales.

« Choc d’offre »

Le souci est que la plupart des politiques de soutien successives ont en général eu pour effet collatéral de faire grimper les prix. Les aides au logement ont induit une augmentation des loyers, tandis que les plans successifs de soutien à l’investissement ont également fait bondir les prix du neuf. Selon la commission des finances de l’Assemblée nationale, le dispositif Scellier, par exemple, souscrit dans les années 2010, a abouti à une hausse des prix de près de 10 % et coûtera encore à l’Etat en 2024. Tout cela pour 75 000 logements. Un coût cinq fois plus élevé par logement que celui versé pour le logement social. Enfin, la politique de baisse des taux de la Banque centrale européenne à la suite de la crise de 2009 a ajouté une couche en favorisant l’emprunt… et la progression des prix.

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Nous payons aujourd’hui la facture des deux crises, celle de 2009 avec ses taux bas et celle de 2023 avec l’explosion de l’inflation, notamment dans la construction. Pour casser ce cercle vicieux des prix, le gouvernement promet un « choc d’offre ». Mais construire plus en zone dense et artificialisée, ce qui sera indispensable, en même temps que la réduction des locaux vacants, ne plaît ni aux populations ni aux élus des territoires concernés, surtout quand il s’agit de logement social. Ainsi s’achève le beau consensus esquissé au Sénat. L’indispensable baisse des prix se fera dans la douleur.

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