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Prix planchers : « Payer dignement le travail est tout autant l’affirmation d’un droit humain qu’une donnée économique et géopolitique »

L’idée de « prix planchers » s’invite dans le débat sur le revenu décent des agriculteurs. Si elle est porteuse d’ambiguïtés suscitant parfois des réticences dans le monde agricole, il faut ici rappeler l’évidence : la nourriture est indispensable à la survie des humains, le fait de ne pas produire d’aliments n’est pas une option. Par conséquent, la viabilité de la rémunération des producteurs doit être organisée.

Garantir un revenu décent est un enjeu de société, de souveraineté, de survie. Payer dignement le travail est tout autant l’affirmation d’une éthique et d’un droit humain qu’une donnée économique et géopolitique. Oublions un moment l’opposition rebattue entre ce qui est juste et ce qui est nécessaire, les deux sont compatibles.

S’il existe un consensus dans la crise récente sur le fait de garantir un revenu minimum aux paysans français, pourquoi la notion de « prix plancher » suscite-t-elle alors tant de polémiques ? Pourquoi malgré une intervention massive de fonds publics et de réglementation ne peut-on instaurer ce qui est économiquement juste pour la partie paupérisée et précarisée des agricultrices et des agriculteurs français ? Les réponses sont forcément multidimensionnelles et complexes.

Un état d’incertitude permanent

L’imprévisibilité des prix et des débouchés fait partie des facteurs les plus déstabilisants pour l’exploitant. La volatilité des prix agricoles trouve ses racines dans une combinaison de paramètres tels que les conditions météorologiques, les politiques commerciales des Etats, la spéculation sur les matières premières, les aléas géopolitiques… Dans cet environnement, les prix des produits agricoles peuvent changer de manière brutale, laissant les agriculteurs dans un état d’incertitude permanent.

Le marché du blé, par exemple, a connu en trois ans une flambée liée à l’invasion de l’Ukraine, passant de 180 euros à plus de 400 euros la tonne, pour revenir actuellement à 200 euros (source Euronext). Qui peut organiser sa production dans de telles conditions ? La nécessité de mécanismes stabilisateurs est une évidence et de nombreuses initiatives ont été tentées dans l’histoire agricole européenne (prix garantis, quotas, etc.) avant que ces « normes » soient vilipendées et abandonnées au nom d’une approche doctrinaire du marché.

Or, depuis deux décennies, le fossé se creuse et de nombreuses exploitations disparaissent. Certains producteurs couvrent le risque lié à l’imprévisibilité par l’augmentation de la taille de leur exploitation, le recours aux marchés à terme, la spécialisation. D’autres tentent des alternatives comme les filières équitables, qui instaurent des prix planchers volontaires.

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