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Les super-profits des grandes entreprises relancent l’éternel débat sur le partage de la valeur

Les entreprises engrangent-elles trop de profits, au détriment de salariés insuffisamment payés ? La publication annuelle des résultats des grandes entreprises qui forment le CAC 40 ramène inévitablement le débat sur le partage de la valeur ajoutée. A savoir, la répartition entre masse salariale − la rémunération du travail − et bénéfices − la rémunération du capital et des actionnaires. Le retour de l’inflation, qui a obéré le pouvoir d’achat, donne une acuité supplémentaire à la question. D’autant que la hausse des profits a contribué à alimenter l’inflation dans plusieurs secteurs, comme l’agroalimentaire, le transport ou l’énergie.

La répartition de la valeur créée par les entreprises, sous forme de produits ou de services, est plutôt stable en France depuis les années 1980. Si l’on retire la part qui est reversée à l’Etat sous forme d’impôts et de taxes, les deux tiers (66 %) de la richesse produite va aux salariés, sous forme de rémunération, et un tiers aux profits − ceux-ci étant pour partie reversés aux actionnaires avec les dividendes, et pour partie réinvestis dans l’entreprise, selon les données publiées par l’Insee.

La part dévolue au capital − le profit − a connu une petite baisse après la crise financière de 2008, en tombant à moins de 30 % de la valeur ajoutée, avant de revenir à son niveau antérieur, à l’exception de 2020, l’année du Covid-19 et des confinements. Cette répartition est plus favorable aux salariés qu’aux Etats-Unis, par exemple, où la part des profits est plus importante (aux alentours de 40 %), ou que chez nos principaux voisins de la zone euro (36 % à 40 %).

Des actionnaires dans le monde entier

« Il n’est pas vrai de dire que les entreprises françaises couvrent d’argent leurs actionnaires, s’agace Patrick Artus, économiste chez Natixis. Elles font même plutôt bon usage de leurs profits : sur la période récente, la France a bénéficié d’une forte hausse des investissements des entreprises. » Autant de pris pour la transition énergétique ou la renaissance de l’industrie. La rémunération des actionnaires − soit la somme des dividendes versés et des rachats d’actions − représente environ 4 % du PIB en France, contre 6 % en moyenne en Europe et aux Etats-Unis, précise M. Artus.

Pourtant, nombre de Français ne voient pas les choses du même œil que l’économiste. L’attention se focalise sur les profits substantiels réalisés par les firmes du CAC 40, même s’ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble des sociétés. « Ces entreprises de taille mondiale ont leurs sièges sociaux en France et y paient une partie de leurs impôts, mais la valeur est produite à l’échelle de la planète, rappelle Olivier Redoulès, économiste chez Rexecode. Les actionnaires sont d’ailleurs disséminés dans le monde entier. » Une partie des dividendes repart donc vers le reste du monde.

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