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Dans l’Allemagne en récession, les petits industriels traditionnels vacillent

Un employé de Roeders travaille sur un four dans une fonderie de l’usine de Soltau (Allemagne), le 5 août 2022.

La petite pièce sombre, au premier étage du bâtiment en briques, dégage une odeur de vieux bois et de cuir ancien. Autour du bureau, une carafe centenaire, un boîtier d’appareil photo, une crosse de revolver, et surtout d’innombrables pièces de carrosserie et de moteur. Tout ce bric-à-brac témoigne du savoir-faire accumulé par la fonderie d’aluminium Roeders depuis sa création en 1814, à Soltau, en Basse-Saxe.

Gerd Roeders, 60 ans, patron du groupe resté dans la famille depuis six générations, a appris très jeune ce que l’on ressent quand le marché se retourne. « Un dimanche, j’ai vu mon père littéralement s’effondrer devant moi. Lui, le patron ! C’était déchirant. A l’époque, nous produisions beaucoup de boîtiers d’appareils photo. Quasiment du jour au lendemain, tous les fabricants allemands ont mis la clé sous la porte : les Japonais avaient conquis le marché avec leurs appareils automatiques sur batterie ! Nous dépendions à 60 % de cette activité… »

Cette année-là, la fonderie Roeders a évité la faillite de justesse. Mais le souvenir de cet épisode douloureux n’a jamais quitté Gerd. Il est revenu avec force ces derniers mois, alors que l’entreprise, qui emploie cinq cents salariés pour 60 millions d’euros de chiffre d’affaires, a subi la violence d’un double choc : la crise énergétique, qui plombe les industries très consommatrices comme les fonderies, et celle de l’automobile, son principal client, ébranlée par les défis du passage à l’électrique. « L’hiver dernier, la situation est devenue extrêmement critique, avec l’explosion des prix de l’énergie et l’effondrement des commandes automobiles, raconte Gerd. Alors nous sommes allés voir les constructeurs, pour exiger une augmentation des prix d’achat de nos pièces. Nous avons joué dur, nous les avons menacés de non-livraison et de faillite, en tablant sur le fait qu’ils n’auraient pas le temps de se tourner vers la concurrence. Et nous avons obtenu gain de cause. »

De grandes restructurations

Tous n’ont pas résisté à la lame de fond qui est en train de traverser l’industrie allemande. Selon le site d’information spécialisé Creditreform, le nombre de faillites d’entreprises a augmenté de 23 % en 2023 par rapport à l’année précédente. La progression est de 30 % dans l’industrie. La tendance pourrait s’accélérer.

Les grands équipementiers automobiles, donneurs d’ordre traditionnels des petites et moyennes entreprises, ont lancé de grandes restructurations pour réduire leurs coûts : trois mille emplois vont disparaître chez Bosch, sept mille chez Continental, 6 milliards d’euros doivent être économisés chez ZF. Autre entreprise emblématique, le fabricant d’électroménager de luxe Miele a annoncé la suppression de deux mille sept cents emplois et le transfert de l’essentiel de la production allemande en Pologne, où le coût du travail est inférieur.

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