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Ella Pamfilova, à la manœuvre pour garantir la réélection de Vladimir Poutine

LETTRE DE MOSCOU

Ella Pamfilova, le 14 mars 2024.

Ce jour de novembre 2023, au Kremlin, Ella Pamfilova s’est peut-être laissé emporter par l’émotion. La présidente de la Commission électorale centrale (CEC) russe s’exprime devant son héros, Vladimir Poutine, qui vient de lui décerner la médaille « pour services rendus à la patrie ». Elle s’enthousiasme : « Nous avons mis en place l’un des systèmes électoraux les plus modernes qui soient. Le plus ouvert et le plus transparent, même… Je ne vois aucun équivalent dans le monde. »

Ella Pamfilova a un certain sens de l’emphase. D’ailleurs, le scrutin présidentiel à venir, du 15 au 17 mars, sur lequel elle a la main, n’est rien d’autre qu’un « événement historique, dont dépend non seulement le destin de la Russie, mais aussi celui du monde ». Ceux qui osent parler de fraudes sont tantôt des « provocateurs », tantôt des « antirusses hystériques », quand ils ne sont pas simplement des « moins que rien » ou des « fous », selon les expressions employées dans différentes interviews.

Ella Pamfilova est à la tête de la CEC depuis 2016. Théoriquement, c’est un travail de l’ombre, technique : faire fonctionner près de cent mille bureaux de vote sur un territoire immense, grâce à une administration pléthorique. Mais l’ancienne dirigeante syndicale aime la lumière, même à 70 ans. Elle ne rechigne pas à distiller de petites phrases chocs qui plaisent aux médias, quitte à rejouer plusieurs fois le même sketch.

Fin 2017, lorsqu’elle refuse à Alexeï Navalny le droit de se présenter à l’élection présidentielle, Ella Pamfilova lance à ­l’opposant, narquoise : « Vous êtes jeune, votre avenir est devant vous. » La formule lui a tant plu qu’elle l’a réutilisée six ans plus tard, après avoir écarté de l’édition 2024 deux candidats opposés à la guerre en Ukraine. « Vous êtes une jeune femme, votre avenir est encore devant vous », dit-elle à Ekaterina Dountsova ; « Vous avez de bonnes perspectives politiques », dit-elle aussi à Boris Nadejdine, 60 ans… A chaque fois, le prétexte utilisé est le même : des « erreurs » dans les dossiers de candidature.

Une défenseuse des droits de l’homme respectée

Il y a un mystère dans la carrière d’Ella Pamfilova. Avant d’être une soldate dévouée du régime Poutine, cette femme au sourire perpétuellement las fut une défenseuse des droits de l’homme respectée et même, un temps, une opposante à Vladimir Poutine. Née en Ouzbékistan, elle fut à la fin des années 1980 une apparatchik de l’Union soviétique déclinante – dirigeante syndicale du géant énergétique moscovite Mosenergo, puis députée au Soviet suprême.

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