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Les attaques du Hamas en Israël, un « acte de résistance » ? La philosophe Judith Butler ravive la polémique à gauche

La philosophe américaine Judith Butler, à Francfort (Allemagne), le 11 septembre 2012.

La philosophe américaine Judith Butler, figure emblématique des études de genre, ravive la polémique au sein de la gauche, qui se déchire toujours sur les massacres commis le 7 octobre 2023 par le Hamas en Israël. Elle a affirmé le 3 mars à Pantin (Seine-Saint-Denis), lors d’une table ronde, que ces attaques relevaient de la « résistance ». Son intervention à Pantin a rapidement suscité de vives réactions après la diffusion sur les réseaux sociaux de différents extraits.

Professeure émérite à l’université de Californie à Berkeley, elle se trouve actuellement en France à l’invitation du Centre Pompidou. Depuis la rentrée 2023, l’institution organise autour de sa venue un vaste cycle de rencontres, qui se terminera en avril. La table ronde de Pantin ne relevait cependant pas de cette programmation.

Le public réuni à l’espace associatif des Relais solidaires a réservé à l’universitaire américaine un accueil digne d’une « rock star », selon l’expression d’une des modératrices de la soirée. Le prestige dont jouit Judith Butler dépasse en effet le monde académique, et s’étend jusqu’aux milieux militants de la gauche et féministes. Son ouvrage Trouble dans le genre (La Découverte, 2005, parution originale en anglais en 1990) fait aujourd’hui largement référence et reste un moment fondateur de la théorie féministe et queer. La philosophe juive américaine est également bien connue pour son engagement au sein de la gauche radicale, et mène depuis plusieurs années une critique sévère de l’Etat d’Israël, ainsi que du sionisme.

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Au cours des deux heures de discussion, la philosophe est revenue sur ce qui constituerait selon elle la véritable nature des attentats du 7 octobre. Elle les a décrits comme un « soulèvement », qui ne saurait être assimilé à un « acte terroriste » ou à une « attaque antisémite ». A travers cet « acte de résistance », c’est l’Etat d’Israël qui était pris pour cible, a-t-elle jugé. Judith Butler a ajouté qu’elle n’avait pas « aimé » ces attaques, qu’elle les avait trouvées « angoissantes ». Cependant, « il serait idiot pour moi d’affirmer ensuite que la seule violence survenue sur cette scène » visait les Israéliens, car les Palestiniens en sont victimes « depuis des décennies ». S’adressant à la salle, elle a prédit qu’elle serait bientôt attaquée pour avoir tenu ces propos, « mais vous me défendrez », une remarque aussitôt suivie de généreux applaudissements.

Public acquis à sa cause

Judith Butler s’est également exprimée sur les viols perpétrés le 7 octobre, affirmant que « si ces allégations sont documentées, nous déplorons » ces actes, mais « nous insistons pour voir cette documentation ». Et de souligner que 70 % des victimes de l’opération militaire déclenchée par Israël à Gaza étaient des femmes et des enfants, leur mort et leurs souffrances constituant « un enjeu féministe, un enjeu queer ».

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